(Ce texte est tiré de: Pensées pour les jours ordinaires de Placide Gaboury)
" Bien sûr que le sexe peut mener à Dieu ", disent les prêtres catholiques. Mais alors pourquoi ne le pratiquent-ils pas? "Eh bien, répondront-ils, si l’on veut se consacrer totalement à "Dieu", il est préférable de se concentrer toutes ses énergies et de n’avoir aucun autre souci, de garder son cœur libre; aussi est-il alors meilleur de sacrifier le sexe. Comme on dit en anglais, first things first."
C’est affirmer du même coup que tous ceux qui ont une vie sexuelle sont "partagés" entre "Dieu" et leurs amours, qu’ils ne peuvent vraiment pas atteindre "Dieu". Ils arrivent en second. Comme s’il y avait d’un côté le sexe et de l’autre, "Dieu", et qu’il fallait choisir entre l’un et l’autre.
Jésus propose un autre choix, cette fois entre Dieu" et Mammon (le dieu araméem de la sécurité, symbolisé par l’argent). Selon lui, ce choix est absolu. Jésus parle de sécurité et d’abandon, deux univers exclusifs. Or, Jésus ne parle pas de sexe, justement, mais de quelque chose de beaucoup plus profond et radical.
Car, faut-il le répéter, rien dans notre corps nous empêche d’atteindre à une conscience et à un amour universel, –au bonheur. Le corps n’est pas mauvais, c’est le mental émotif qui a la capacité de séparer ce qui est uni et son séparatisme lui fait ramener toutes chose à lui, coupés de leur source, coupées de leur sens. Son symbole est le cancer.
L’égoïsme est né de la peur. Parce que j’ai peur, je m’entoure de choses, d’assurances, de sécurités et je piétine tout ce qui m’empêche d’être "heureux"; ainsi je bâtis mon château fort. Le petit je se prend pour "Dieu". C’est l’égoïsme qui est malade, pas le sexe. L’égoïsme peut se servir de tout, même du sexe, pour se bâtir un faux royaume où toute chose lui est soumise – le monde des dominants et des dominés. Égoïsme et sécurité vont ensemble. Et c’est la recherche de la sécurité que Jésus voyait comme empêchement, alors que le clergé qui aime bien sa sécurité, reste aveugle à cette pierre d’achoppement principale.
Oui, le clergé se sent en sécurité, mais à quel prix! Il s’est coupé de son corps, de son émotions, des son cœur, de sa sexualité. (La sécurité n’est possible que par une coupure.) Parce qu’il s’aime pas, il n’aime pas son sexe. Et parce qu’il en a peur, il se retire derrière la sécurité de la continence.
Le Divin n’est pas un distributeur de prix d’excellence morale, comme on l’a enseigné. C’est la possibilité d’aimer tout sans limites – à commencer par soi-même. Ce qu’il faut donc sacrifier, me semble-t-il, ce n’est pas son sexe, c’est sa peur. Ce qui doit disparaître, c’est l’ego diviseur et possessif, le mental émotif qui fausse tout ce qu’il touche. Il faut lâcher prise, perdre ses sécurités, apprendre à s’Abandonner. Si quelqu’un s’accepte et ne se met pas en pièces en se jugeant, il verra que le sexe n’est pas à retrancher, mais qu’il est au contraire une des façons de communiquer, de donner et de recevoir, de se dépasse.
Certes, d’elle-même, la pulsion sexuelle ne donne pas l’amour. Laissé à elle-même, elle réduit tout l’être à un seul attrait. Aucune chose, aucune situation ne crée en soi l’amour – toute chose doit être rassemblée en un tout par la Conscience, pour retrouver son sens et sa valeur. Le sexe ne fait qu’exprimer un besoin. Pour qu’il y ait amour, il faut que la possessivité soit dépassée (le besoin de sécurité), qu’elle se perd et se réalise dans le don gratuit. C’est la recherche de la sécurité, le besoin d’avoir l’autre de le posséder ou d’en être possédé qui empêche (dans le sexe comme dans toute relation) de mener vers l’Amour complet.
Non, le sacrifice du sexe ne mène pas comme tel à "Dieu". C’est l’amour compatissant, le oui à tout ce qui est, qui y mène. C’est le bonheur et la joie qui y mènent – et ils sont impossibles dans la frustration.