Lundi 19 juin 2006
Passages tirés de : Émerveillement et Pauvreté, Maurice Zundel.
P.80 – 90
N.B. (Les parenthèse sont de moi.)
(Notre culte eucharistique est-il semblable au culte des pharaons ?)
Les pharaons d’Égyrte ont été divinisés et les monuments ne cessent de représenter leur investiture divine. .. Dans quelle mesure cette situation ne s’est-elle pas reproduite au cours des siècles même dans la pensée d’Israël ? Dans quelle mesure notre liturgie n’a-t-elle pas des vestiges de cet échange ambigu entre la royauté terrestre et la royauté divine ? .. Et dans quelle mesure notre liturgie n’est-elle pas encore une survivance de ces liturgies royales qui n’engagent jamais le fond de l’âme ? Il s’agit de rendre hommage à un souverain, de processionner autour de son autel, de lui ériger un sanctuaire et , ceci étant accompli, on en est quitte. Tout cela peut se réaliser sans aucune espèce d’engagement mystique.
(Dans nos églises, rien ne touche l’homme ordinaire.)
Il est évident que si l’homme de la rue est si souvent étranger à ce qui se passe dans nos églises, c’est qu’il ne s’y passe aucun événement qui le puisse toucher. Il ne se sent pas atteint et concerné au plus intime de lui-même. Si on peut déplorer que la classe ouvrière ait échappé à l’Église – c’est terrible, quand on pense que Jésus lui-même est un ouvrier ! – si une confusion aussi effroyable a pu se produire, si les hiérarchies, si les pontifes de l’église apparaissent avant tout comme des gens qui détiennent un pouvoir et nous assurent une sorte de sauf-conduit quand nous avons à comparaître devant le Monarque, c’est que nous ne sommes pas entrés encore au cœur de l’Évangile.
Il y a une religion apparente qui ne suppose aucun engagement profond. Il suffit d’être correct, d’observer les règles de la bienséance, de ne donner lieu à aucun scandale, et on peut se tenir pour satisfait en usant largement des biens de ce monde avec la tranquille assurance qu’on jouira aussi des biens éternels. Cela est extrêmement grave, et nous pouvons nous demander jusqu’à quel point ce n’est pas à propos de l’Eucharistie qu’on est arrivé à une confusion aussi radicale sur l’essence même du message de Jésus.
Il est sûr qu’une sorte de matérialisme religieux est le pire de tus les matérialismes, et qu’un certain matérialisme peut tragiquement s’établir autour de l’eucharistie. On a la présence réelle, on la tient, on est sûr de son affaire. On a un palladium, on a un paratonnerre céleste sur sa maison, on peut dormir tranquille : Dieu est là, dans sa petite boîte, et on le tient constamment à sa disposition.
(Une religion qui apparaît complice des exploiteurs)
On voit dans le sud de l’Italie (ceci et aussi vrai pour nos milieu) des milliardaires catholiques, gavés à crever, dont les enfants sont blasés hermétiquement, car on leur a tellement donné de choses que l’on ne sait plus que leur donner. Rien ne les intéresse plus, car ils sont saturés de jouets et de nourriture. Pendant ce temps, les paysans de Sicile mangent de l’herbe comme des animaux et sont exploités d’une manière scandaleuse et infâme par les trusts qui les empêchent de gagner leur pain. Comment voulez-vous que le communisme ne prenne pas dans la région ? Rien n’est plus naturel. Il y a là une situation tellement intolérable que , si la religion apparaît complice, elle ne peut être que vomie par tous ceux qui sont victimes de ce système abominable…
Dans ces communions sans engagement, où l’on compte sur l’opus operatum , où mécaniquement on doit être sanctifié parce qu’on a ouvert la bouche pour recevoir l’hostie, il y a quelque chose d’extrêmement dangereux, parce qu’on ne voit plus du tout l’exigence qui est à la base d’une véritable conversion et qui suppose une nouvelle naissance, cette transformation radicale où l’on passe du moi positif au moi oblatif.
Combien même de prêtres, qui célèbrent la messe tous les jours, en sont là…De braves gens sans doute, vertueux selon le canon habituel. Ils ne donnent lieu à aucun scandale mais vivent bourgeoisement, sans reproche, persuadés qu’ils détiennent des pouvoirs qui leur donnent un rang particulier, qui leur donnent droit à des honneurs, aux premières places, parce qu’ils sont représentants de Dieu !…
Il nous faut re-situer l’Eucharistie, où la vie de l’Église doit retrouver son unité. Il nous faut la situer à sa place, c’est-à-dire dans la perspective évangélique. Et la perspective évangélique s’impose à nous si nous lisons dans saint Jean les derniers entretiens du Seigneur a ses disciples. La dernière consigne, qui retient dans toutes ces pages, c’est : "Je vous donne un commandement nouveau : c’est que vous vous aimiez les uns les autres comme je vous ai aimés." Cela suffit pas, car cette consigne est aussi le critère qui fait reconnaître les disciples de Jésus : "C’est à cela qu’on reconnaîtra que vous êtes mes disciples, si vous vous aimez les uns les autres." Et, pour donner une leçon de choses à ses disciples, Jésus met de l’eau dans un bassin, il se ceint d’un linge, s’agenouille devant eux et leur lave les pieds. Voilà ce que c’est que d’aimer son prochain : "Ce que j’ai fait, c’est afin que vous le fassiez les uns aux autres."
(Où est l’eucharistie ?)
Et maintenant, o ù est l’Eucharistie ? Elle semble avoir disparu. Elle n’est pas énoncée dans ces derniers entretiens de Jésus à ses Apôtres. Pourquoi a-t-elle disparu ? Pourquoi n’est-elle pas même nommée dans cette endroit ? Parce qu’elle est implicitement contenue dans le mandatum, implicitement contenue dans la consigne ultime du Seigneur : "Aimez-vous les uns les autres" et le Lavement des pieds, parce que c’est exactement la même chose.
Tout un matérialisme s’est installé autour de l’hostie, précisément parce qu’on a perdu de vue l’exigence fondamentale…C’est pourquoi nous devons nous approcher de Très Saint Sacrement en purifiant autant que possible notre langage. Nous ne dirons pas que "l’hostie, c’est Jésus", en télescopant le sacrement de notre Seigneur. Ce n’est pas tout à fait la même chose, parce que toutes les opérations physiques, l’ingestion, la digestion, le passage, la fraction du pain, le transport, tout cela se rapport aux espèces et nullement ;a a personne du Seigneur. Soyons prudents comme le dogme l’est lui-même, car le dogme est justement défini avec cette précision d’amour qui évite tout matérialisme pour prévenir toute matérialisation.
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