Église

Lundi 19 juin 2006
 
Passages tirés de : Émerveillement et Pauvreté, Maurice Zundel.
P.80 – 90
N.B. (Les parenthèse sont de moi.)
(Notre culte eucharistique est-il semblable au culte des pharaons ?)
   Les pharaons d’Égyrte ont été divinisés et les monuments ne cessent de représenter leur investiture divine. .. Dans quelle mesure cette situation ne s’est-elle pas reproduite au cours des siècles même dans la pensée d’Israël ? Dans quelle mesure notre liturgie n’a-t-elle pas des vestiges de cet échange ambigu entre la royauté terrestre et la royauté divine ? .. Et dans quelle mesure notre liturgie n’est-elle pas encore une survivance de ces liturgies royales qui n’engagent jamais le fond de l’âme ? Il s’agit de rendre hommage à un souverain, de processionner autour de son autel, de lui ériger un sanctuaire et , ceci étant accompli, on en est quitte. Tout cela peut se réaliser sans aucune espèce d’engagement mystique.
(Dans nos églises, rien ne touche l’homme ordinaire.)
   Il est évident que si l’homme de la rue est si souvent étranger à ce qui se passe dans nos églises, c’est qu’il ne s’y passe aucun événement qui le puisse toucher. Il ne se sent pas atteint et concerné au plus intime de lui-même. Si on peut déplorer que la classe ouvrière ait échappé à l’Église – c’est terrible, quand on pense que Jésus lui-même est un ouvrier ! – si une confusion aussi effroyable a pu se produire, si les hiérarchies, si les pontifes de l’église apparaissent avant tout comme des gens qui détiennent un pouvoir et nous assurent une sorte de sauf-conduit quand nous avons à comparaître devant le Monarque, c’est que nous ne sommes pas entrés encore au cœur de l’Évangile.
   Il y a une religion apparente qui ne suppose aucun engagement profond. Il suffit d’être correct, d’observer les règles de la bienséance, de ne donner lieu à aucun scandale, et on peut se tenir pour satisfait en usant largement des biens de ce monde avec la tranquille assurance qu’on jouira aussi des biens éternels. Cela est extrêmement grave, et nous pouvons nous demander jusqu’à quel point ce n’est pas à propos de l’Eucharistie qu’on est arrivé à une confusion aussi radicale sur l’essence même du message de Jésus.
   Il est sûr qu’une sorte de matérialisme religieux est le pire de tus les matérialismes, et qu’un certain matérialisme peut tragiquement s’établir autour de l’eucharistie. On a la présence réelle, on la tient, on est sûr de son affaire. On a un palladium, on a un paratonnerre céleste sur sa maison, on peut dormir tranquille : Dieu est là, dans sa petite boîte, et on le tient constamment à sa disposition.
(Une religion qui apparaît complice des exploiteurs)
   On voit dans le sud de l’Italie (ceci et aussi vrai pour nos milieu) des milliardaires catholiques, gavés à crever, dont les enfants sont blasés hermétiquement, car on leur a tellement donné de choses que l’on ne sait plus que leur donner. Rien ne les intéresse plus, car ils sont saturés de jouets et de nourriture. Pendant ce temps, les paysans de Sicile mangent de l’herbe comme des animaux et sont exploités d’une manière scandaleuse et infâme par les trusts qui les empêchent de gagner leur pain. Comment voulez-vous que le communisme ne prenne pas dans la région ? Rien n’est plus naturel. Il y a là une situation tellement intolérable que , si la religion apparaît complice, elle ne peut être que vomie par tous ceux qui sont victimes de ce système abominable…
Dans ces communions sans engagement, où l’on compte sur l’opus operatum , où mécaniquement on doit être sanctifié parce qu’on a ouvert la bouche pour recevoir l’hostie, il y a quelque chose d’extrêmement dangereux, parce qu’on ne voit plus du tout l’exigence qui est à la base d’une véritable conversion et qui suppose une nouvelle naissance, cette transformation radicale où l’on passe du moi positif au moi oblatif.
Combien même de prêtres, qui célèbrent la messe tous les jours, en sont là…De braves gens sans doute, vertueux selon le canon habituel. Ils ne donnent lieu à aucun scandale mais vivent bourgeoisement, sans reproche, persuadés qu’ils détiennent des pouvoirs qui leur donnent un rang particulier, qui leur donnent droit à des honneurs, aux premières places, parce qu’ils sont représentants de Dieu !…
   Il nous faut re-situer l’Eucharistie, où la vie de l’Église doit retrouver son unité. Il nous faut la situer à sa place, c’est-à-dire dans la perspective évangélique. Et la perspective évangélique s’impose à nous si nous lisons dans saint Jean les derniers entretiens du Seigneur a ses disciples. La dernière consigne, qui retient dans toutes ces pages, c’est : "Je vous donne un commandement nouveau : c’est que vous vous aimiez les uns les autres comme je vous ai aimés." Cela suffit pas, car cette consigne est aussi le critère qui fait reconnaître les disciples de Jésus : "C’est à cela qu’on reconnaîtra que vous êtes mes disciples, si vous vous aimez les uns les autres." Et, pour donner une leçon de choses à ses disciples, Jésus met de l’eau dans un bassin, il se ceint d’un linge, s’agenouille devant eux et leur lave les pieds. Voilà ce que c’est que d’aimer son prochain : "Ce que j’ai fait, c’est afin que vous le fassiez les uns aux autres."
(Où est l’eucharistie ?)
   Et maintenant, o ù est l’Eucharistie ? Elle semble avoir disparu. Elle n’est pas énoncée dans ces derniers entretiens de Jésus à ses Apôtres. Pourquoi a-t-elle disparu ? Pourquoi n’est-elle pas même nommée dans cette endroit ? Parce qu’elle est implicitement contenue dans le mandatum, implicitement contenue dans la consigne ultime du Seigneur : "Aimez-vous les uns les autres" et le Lavement des pieds, parce que c’est exactement la même chose.
   Tout un matérialisme s’est installé autour de l’hostie, précisément parce qu’on a perdu de vue l’exigence fondamentale…C’est pourquoi nous devons nous approcher de Très Saint Sacrement en purifiant autant que possible notre langage. Nous ne dirons pas que "l’hostie, c’est Jésus", en télescopant le sacrement de notre Seigneur. Ce n’est pas tout à fait la même chose, parce que toutes les opérations physiques, l’ingestion, la digestion, le passage, la fraction du pain, le transport, tout cela se rapport aux espèces et nullement ;a a personne du Seigneur. Soyons prudents comme le dogme l’est lui-même, car le dogme est justement défini avec cette précision d’amour qui évite tout matérialisme pour prévenir toute matérialisation.
Par Albert Dugas
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Dimanche 10 septembre 2006
L’ÉVANGILE EST LA DÉCLARATION LA PLUS ACHEVÉE DE TOUS LES DROITS DE L’HOMME
Tiré de : Entrez dans l’Espérance
De : Jean-Paul II
Quand on l’ignore ou l’oublie, on s’écarte presque irrésistiblement de la vérité sur l’homme. L’Évangile confirme en effet la loi divine qui régit l’ordre moral de l’univers, et la confirme de manière décisive par l’Incarnation elle-même : qu’est-ce donc que l’homme si le Fils de Dieu assume la nature humaine? Que doit être l’homme si, pour rétablir sa dignité, le Fils de Dieu lui-même est prêt à payer le prix le plus haut qui soit? Chaque année, la liturgie de l’Église exprime le profond étonnement que suscitent cette vérité et ce mystère, aussi bien au moment de Noël que pendant la veillée pascale. " O felix culpa, quae tale mac tantum meruit habere Redemptorem (Ô bienheureuse faute, qui nous a mérité un tel Rédempteur). " Le Christ sauveur confirme dans toute leur plénitude les droits de l’homme en restaurant celui-ci dans la dignité qu’il a reçues du seul fait d’avoir été créé à l’image et à la ressemblance de Dieu.
Mais puisque vous avez abordé ce sujet, permettez-moi de saisir cette occasion pour vous dire comment les droits de l’homme ont fini par devenir le centre de mes préoccupations. J’ai été très surpris de constater que l’intérêt pour l’homme et sa dignité était devenu, contre toute attente, le terrain privilégié de la polémique avec le marxisme. Sans doute parce que les marxistes avaient eux-mêmes centré cette polémique sur l’anthropologie.
Lorsque, après la guerre, les communistes sont arrivés au pouvoir en Pologne et ont commencé à contrôler les programmes dans les universités, on aurait pu s’attendre à ce que leur théorie du matérialisme dialectique soit appliquée, dès le début, à l’enseignement de la philosophie de la nature. Ce à quoi, il faut le reconnaître, s’était préparée l’Église en Pologne. Je me rappelle le réconfort qu’ont représenté pour les intellectuels catholiques, dans ces années d’après-guerre, les publications du père Zazimierz Klosak, un des plus éminents professeurs de la Faculté de théologie de Cravocie, célèbre pour son extraordinaire érudition. Il confrontait la philosophie marxiste de la nature à une démarche novatrice, lui permettait de découvrir constamment à l’œuvre dans le monde le Logos, c’est-à-dire la Pensée créatrice et l’ordre divin de la création. Le père Klosak s’est ainsi inscrit dans la tradition philosophique qui débute avec les Grecs, et se poursuit grâce à la réflexion de savants contemporains tels qu’Alfred North Whitehead en passant par les Quinque viae de Thomas d’Aquin.
Le monde visible ne fournit pas de bases scientifiques pour justifier une interprétation athée de son existence. Une réflexion honnête y trouve au contraire assez d’éléments qui conduisent vers la connaissance de Dieu. La vision athée se révèle alors unilatérale et tendancieuse.
Je me rappelle encore toutes les discussions à ce sujet. J’ai également participé à de nombreuses rencontres avec des scientifiques, surtout des physiciens qui, après Einstein, se sont ouverts de façon saisissante à l’interprétation théiste du monde.
Mais, étrangement, ce type de polémique avec le marxisme ne s’est guère prolongé. Il est rapidement apparu que l’homme lui-même, avec sa morale, devenait le thème central des confrontations. On a vite laissé de côté la philosophie de la nature. Dans l’apologétique athée, l’interprétation cosmologique a cédé la place à l’argumentation éthique. Lorsque j’ai publié mon livre intitulé Personne et acte, les marxistes, bien entendu, ont été les premiers à le critiquer : ce travail contrecarrait la stratégie de leur polémique contre la religion de l’Église.
Cependant, je dois préciser ici que ma réflexion sur la personne et l’acte n’est pas née uniquement de la confrontation avec le marxisme. Une réflexion sur l’homme comme personne m’habitait depuis longtemps. Peut-être parce que je n’ai jamais eu de prédilection particulière pour les sciences de la nature. Mais l’homme m’a toujours passionné : d’abord, pendant mes études à la Faculté des lettres, en tant qu’auteur du langage, et objet de l’entreprise littéraire; ensuite, lorsque j’ai découvert ma vocation sacerdotale, l’homme a commencé à m’intéresser comme sujet central de l’activité pastorale.
Nous étions alors dans la période d’après-guerre, et la controverse avec le marxisme battait son plein. Pour moi, la priorité devenait ces jeunes qu frappaient à ma porte. Ils ne venaient pas seulement avec des questions sur l’existence de Dieu, car ils me demandaient surtout comment ils devaient vivre, c’est-à-dire comment ils pouvaient affronter les défis de l’amour et du mariage, les problèmes liés à la vie professionnelle. Les questions posées par ces jeunes, durant la période qui a suivi l’occupation allemande, se sont incrustées dans ma mémoire; ce sont leurs interrogations, leurs doutes qui m’ont, d’une certaine manière, fait découvrir le chemin à suivre. À partir de l’expérience de ces rencontres, de mon intérêt pour les problèmes de leur vie, j’ai rédigé une étude dont j’ai synthétisé la teneur dans le titre : Amour et responsabilité.
L’ essai Personne et acte est venu bien après, mais il est né à la même source. Il était pour ainsi dire inévitable de déboucher sur une telle réflexion, à partir du moment où j’étais sorti du cadre de la problématique existentielle de l’homme, et non seulement de l’homme contemporain, mais de l’homme de tous les temps. La question du bien et du mal ne nous abandonne jamais, comme en témoigne ce jeune homme de l’Évangile qui demandait à Jésus : " Que dois-je faire pour avoir en héritage la vie éternelle? ".
Ainsi, pour des raisons avant tout pastorales, ai-je centré mes études sur l’homme et sur la personne humaine. C’est en effet pour remplir ma mission de pasteur que j’ai formulé, dans Amour et responsabilité, le concept de norme personnaliste. Il s’agit là d’une tentative de traduction du commandement de l’amour dans le vocabulaire de l’éthique philosophique. La personne est un être auquel ne convient qu’une seule dimension : l’amour. Nous sommes justes à l’égard d’une personne si nous l’aimons et ceci vaut pour Dieu comme pour les êtres humains.
L’amour pour une personne interdit de la traiter comme un objet de jouissance. C’est une notion que l’on trouve déjà dans l’éthique kantienne et elle constitue ce que l’on appelle son deuxième impératif. Toutefois, cet impératif a un caractère plutôt négatif et n’épuise pas tout le contenu du commandement de l’amour. Si Kant insistait avec tant de vigueur sur l’impossibilité de traiter une personne comme un objet de jouissance, c’était surtout pour s’opposer à l’utilitarisme anglo-saxon. Cependant, même si l’on admet qu’il a, de ce point de vue, atteint son objectif, cela n’implique pas qu’il ait pour autant pleinement intégré la portée du commandement évangélique de l’amour. Celui-ci en effet n’exige pas seulement d’exclure tout comportement qui réduise la personne à un objet de jouissance, mais il requiert quelque chose de plus : la reconnaissance de la personne pour elle-même.
 
La véritable traduction personnaliste du commandement de l’amour se trouve une fois de plus dans un texte de Vatican II : " Quand le Seigneur Jésus prie le Père pour ‘Que tous, ils soient un (…) comme nous somme un’ , il ouvre des perspectives inaccessibles à la raison et il nous suggère qu’il y a une certaine ressemblance entre l’union des personnes divines et celle des fils de Dieu dans la vérité et dans l’amour. Cette ressemblance montre bien que l’homme, seule créature sur terre que Dieu ait voulue pour elle-même, ne peut pleinement se trouver que par le don désintéressé de lui-même. " Nous voyons là une interprétation fidèle du commandement de l’amour. C’est une formulation limpide du principe fondamental de la reconnaissance de la personne pour la simple raison qu’elle est une personne, c’est-à-dire " la seule créature sur terre que Dieu ait voulue pour elle-même ". En même temps, le texte conciliaire souligne que " le don désintéressé de soi-même " est l’élément le plus décisif de l’amour. Ce don total conduit la personne à se réaliser dans et par l’amour.
Ainsi, la reconnaissance de la personne pour elle-même et le don désintéressé de soi non seulement ne s’excluent pas, mais encore se renforcent réciproquement et même se contiennent l’un l’autre : l’homme atteint la plénitude de sa nature en se donnant. Voilà la réalisation la plus achevée du commandement de l’amour! Nous atteignons là le cœur de la vérité sur l’homme, telle que le Christ nous l’a révélée par sa vie et telle que l’ont confirmée la tradition de la morale chrétienne et le témoignage des saints et des innombrables héros de l’amour du prochain à travers les siècles.
Si nous privons la liberté humaine de cette dimension, si l’homme ne sait pas se donner aux autres, alors sa liberté peut devenir un danger, pour lui comme pour les autres : la liberté choisira de faire ce qui lui procure le plus de profit ou de plaisir, peut-être un plaisir sublimé. Si l’on n’entre pas dans la perspective du don de soi-même, on court nécessairement le risque de s’enfermer dans cette liberté égoïste que dénonçait Kant. Cette réflexion a été poursuivie par Max Scheler et les penseurs qui ont proposé une éthique des valeurs, mais il demeure que l’Évangile seul nous offre l’exigence morale la plus parfaite. Voilà pourquoi l’Évangile contient une déclaration cohérente de tous les droits de l’homme, y compris les droits qui, pour différents motifs, peuvent gêner les uns ou les autres.
 
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Par Albert Dugas
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Jeudi 21 septembre 2006
Tiré de : Une Église en automne, Paul Tremblay
 
Au service de la vie
 
L’Église se présente souvent comme la servante de l’humanité, à l’instar de son maître qui s’est fait le Serviteur. C’est sa mission première, qu’elle ne cesse de se rappeler à elle-même.
 
L’Église catholique donne encore trop souvent l’image d’une Église distante, soucieuse de ses structures, enfermée dans ses dogmes et ses rituels anciens ou archaïques, close dans son discours sans cesse répété. Elle apparaît souvent comme en marge, au dessus de ce monde. Église enseignante, face à un monde qui ne reçoit plus les discours normatifs.
 
Comme on souhaiterait qu’elle devienne de manière plus nette la servante de la vie, infiniment! Au-delà des pouvoirs anciens, des discours usés, des pratiques figées. C’est à cela qu’elle pourrait être menée par l’automne qui la dépouille. Elle devient, elle deviendra plus « évangélique » dans la mesure où, s’oubliant elle-même, dans le plus total désintéressement, elle se fera servante de la vie. Parce que certaine que son Dieu est le Dieu de la vie. Qu’il n’habite pas loin, au-delà des mers, dans quelque superstructure religieuse – il habite au cœur du monde. Que sa Parole ne vient ni de loin ni d’en haut.
 
Il n’existe pas d’univers religieux quelque part, dans quelque ciel au-dessus de nos têtes ou dans quelque église ou basilique particulière. Devenir religieux, ce n’est pas entrer dans une sorte de bulle spirituelle en marge de la vie réelle. Dans une cage de mots et de pratiques soi-disant religieux. Le seul véritable objectif à atteindre, ce n’est pas de devenir religieux, mais de devenir humain, pleinement humain. Comment choisir entre la vie et la mort? Comment vivre? Quelle vie est la mienne? Est-elle pleine ou vide? Qu’est-ce qui me fait vivre? Comment, à travers les joies et les drames de ma vie, découvrir la part du mystère qui m’habite? Jésus n’est pas venu apporter une religion de plus, il est venu pour « qu’on vive, qu’on ait la vien en abondance » (Jn 10,10). C’est bien dommage, constatait Maurice Zundel, que, « si souvent, la religion s’est réduite à un ensemble de rites, d’exclusivismes étroits, parce que l’on ne l’a pas comprise comme l’ouverture à la vie ».
 
 
 
Dès lors, pour l’Église, la question devient : comment se faire ministre, sacrement, donneuse de vie? Il ne s’agit plus de servir une institution, mais de servir la vie des gens. Non pas de chercher à survivre comme institution, mais d’aider les gens à vivre.
 
Aujourd’hui, nous sommes face à deux sortes de croyants :  il y a ceux et celles qui cherchent avant tout à satisfaire aux croyances et aux pratiques établies de leur religion; et il y a ceux et celles qui cherchent avant tout ce qui est nourrissant et inspirant pour leur vie. Cette deuxième catégorie est en forte croissance. De plus en plus de croyants délaissent le culte refermé sur lui-même, sans lien senti avec leur vie quotidienne et la vie du monde. Le malaise devient évident et insupportable quand, lors d’un événement marquant – un accident, un décès, une fête - , la célébration religieuse se déroule « au-dessus de nos têtes », dans un « ailleurs soi-disant religieux », sans qu’on sente l’écho des joies et des peines de l’existence, selon un rituel figé depuis des siècles, dans quelque monde lumineux insaisissable.
 
Voici les questions que l’on pourrait se poser à partir de ce texte.
 
Dans ce contexte, quelles sont les tâches qui s’imposent à cette Église contestée, dépouillée et affaiblie comme forêt en automne?
 
Comment l’Évangile qu’elle porte peut-il résonner encore aux oreilles du monde occidental?
Quels sont les chances et les défis de ce temps?
Quels sont les changements qui s’imposent à elle? 
À quelle révision est-elle convoquée?
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Par Albert Dugas
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Mardi 31 octobre 2006
Tiré de: Évangéliser les baptisés, de José Prado Flores
 
1 – Deux conditons nécessaires
 
 
Il existe deux conditions absolument nécessaires pour devenir un évangélisateur et un formateur d’évangélisateurs.  Sans elles, la lecture elle-même et l’étude de ce livre seraient comme une semence qui, parce qu’elle ne tombe pas dans une terre préparée, ne donne pas le fruit qu’on attend d’elle. Ces deux conditions sont la base irremplaçable pour tout évangélisateur.
 
 
1- Une expérience du salut
 
La première exigence de tout évangélisateur est d’avoir connu une expérience personnelle du salut. Il ne suffit pas d’avoir plusieurs cours, d’être diplômé en théologie ou d’appartenir à des associations pieuses et apostoliques. Il est nécessaire d’être «né de nouveau», comme l’exigeait Jésus du savant Nicodème (Jn 3,3).
 
L’évangélisateur n’est pas un maître mais un témoin : il proclame que Jésus est sauveur, il témoigne d’avoir été sauvé et que sa vie est changée. Non seulement sait-il que Dieu est amour : il a eu l’expérience personnelle et inconditionnelle de cet amour. Déjà il a fait sa rencontre personnelle avec Jésus et il l’a proclamé son Sauveur personnel et Seigneur de toute sa vie. L’Esprit-Saint l’a «tatoué», il l’a marqué de son sceau indélébile. L’évangélisateur a fait l’expérience du salut en Jésus pour pouvoir ensuite proclamer efficacement que Jésus sauve.
 
Quand il s’est agi de remplacer Judas dans le Collège apostolique, on ne chercha pas un savant ni même un juste ou un saint mais une personne qui, à cause d’une expérience personnelle, avait pu être témoin de la résurrection du Christ Jésus.
 
 
2 – Du zèle pour l’Évangile
 
Le zèle pour l’Évangile est une passion pour que Jésus soit mieux connu et servi par tous les hommes et, en même temps, c’est un engagement envers l’homme pour qu’il soit plus digne, plus libre et plus homme.
 
Le zèle pour l’Évangile est un feu implacable dans le cœur, qui ne peut s’éteindre et qui cherche à brûler les autres. C’est une épée affilée qui va jusqu’à pénétrer les profondeurs de l’être humain. C’est la bouche du prophète qui ne se tait pas par respect humain, au milieu de structures asphyxiantes ou à cause de la crainte camouflée en prudence.
 
Le zèle pour l’Évangile, c’est avoir les pieds chaussés et le bâton à la main, toujours disponible pour le voyage jusqu’aux confins de la terre. L’unique équipage est la force de l’Esprit-Saint. C’est un cri qui proclame «Maranatha» et une espérance qui se fait réalité ; c’est une passion qui consume et dévore : que le Christ et son Évangile soient connus et aimés.
 
 
 
Un évangélisateur a besoin
- d’une expérience du salut
 - de zèle pour l’Évangile.
 
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Par Albert Dugas
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Jeudi 18 janvier 2007
Ut unum sint
 
Les chrétiens sur le chemin de l’unité
 
Le Christ appelle les chrétiens à s’unir, particulièrement en cette fin de millénaire au commencement duquel la division s’installa parmi nous. Notre prière et notre engagement pour l’unité des chrétiens sont des moyens, de pauvres moyens, en ses mains toutes puissantes. Nous ne pouvons douter que sa prière pour l’unité se réalisera.
 
Voici une synthèse d’un récent et important texte de l’Église catholique sur l’œcuménisme : une lettre encyclique du Pape Jean-Paul II. Cette lettre est don de Dieu à ses enfants divisés.
 
Évidemment, ce n’est pas le dernier mot en matière d’œcuménisme, mais cela démontre certainement que nous progressons sur la bonne voie.
 
Cette synthèse est constituée de 16 titres qui donnent les idées maîtresses de la lettre encyclique. Vous pouvez lire seulement ces titres. Un court texte suit chaque titre et fournit plus d’information. Les chiffres entre parenthèses réfèrent aux paragraphes numérotés correspondant de la lettre encyclique d’où provient la formulation du texte ou la substance de la synthèse. 
 
 
1) Une lettre encyclique sur l’unité des chrétiens
 
En mai 1995, Jean-Paul II a publié une lettre encyclique (lettre adressée au monde par l’intermédiaire des évêques) invitant les catholiques à prier et à agir en faveur de l’unité des chrétiens. (3.101) Cet appel s’inscrit dans la démarche préparatoire au Jubilé de l’An 2000 après Jésus-Christ, date pleine de signification pour les Chrétiens. (1, 3, 100)
 
2) L’unité exige la conversion de toutes les Églises
 
Intitulée « Que tous soient un! », cette lettre rappelle les conclusions du Concile Vatican II (1, 3, 100) à l’effet que l’unité recherchée n’est pas un retour des autres chrétiens à l’Église catholique, mais la conversion plus profonde de toutes les Églises et Communautés chrétiennes afin de rétablir entre elles la pleine communion de l’unique Église du Christ. (9, 16, 17, 22, 41, 42, 56, 82) Humblement, l’Église catholique reconnaît que ce sont les autres Églises chrétiennes, protestantes et orthodoxes, qui ont donné son essor au mouvement de conversion œcuménique. (48, 56, 62, 65)
 
3) Jésus désire l’unité des chrétiens
 
À l’heure de sa Passion, Jésus a prié afin que tous ceux qui croiront en lui soient un. Cette unité n’est pas secondaire, elle est au centre de son œuvre. Il en découle le devoir de tous les baptisés de réaliser la pleine unité de l’Église, corps du Christ. La division des chrétiens contredit ouvertement la volonté du Christ, elle est un sujet de scandale pour le monde et une cause de préjudice à l’annonce de l’Évangile. (6, 9, 98)
 
4) L’œcuménisme est la voie de la re-union des chrétiens
 
Sur la route qui conduit à la pleine unité, le dialogue œcuménique s’efforce de susciter un soutien fraternel entre les diverses Communautés chrétiennes. (87) Le but de l’œcuménisme est le rétablissement de l’unité visible des chrétiens en une seule foi. (24, 77)
 
 
5) Sont chrétiens ceux qui croient en Dieu révélé par Jésus
 
Ainsi, toutes les Églises et les communautés qui invoquent Dieu, unique et trinitaire, baptisent leurs membres en son Nom et croient en Jésus, Seigneur et Sauveur, portent à bon droit le nom de chrétiennes. (7, 12, 13, 42) Leurs membres sont reconnus avec raison comme frères et sœurs dans le Christ par les catholiques. Tous appartiennent à l’unique Église du Christ. (10, 11, 13, 42, 78)
 
6) Pour se réunir, chaque confession chrétienne doit reconnaître et regretter
     ses torts passés.
  
S’engageant avec sincérité dans ce mouvement, l’Église catholique reconnaît que la responsabilité de la division des chrétiens ne peut être attribuée uniquement aux autres. (1, 3, 11) Elle confesse les faiblesses de ses fils, consciente que leurs péchés constituent autant de trahisons et d’obstacles à la réalisation du dessin de Jésus. (3) Dans le dialogue œcuménique, chacun doit rechercher ses propres torts, confesser ses fautes et se remettre dans les mains de Jésus Christ. (82)
 
7) Ce qui nous unit est plus grand que ce qui nous divise
 
Le Christ qui unit la famille des chrétiens est beaucoup plus fort que ce qui la divise. (20) Quelque soit l’Église ou la communauté chrétienne, la vie chrétienne se nourrit de la foi au Christ, elle est soutenue par la grâce du Baptême et l’écoute de la Parole de Dieu. Elle se manifeste dans la prière privée, la méditation biblique, la vie de famille chrétienne et le culte de la communauté rassemblée pour louer Dieu. (68)
 
8) Au-delà du culte les Églises chrétiennes sont animées des mêmes valeurs
     évangéliques de justice et de partage
 
En outre, les chrétiens partagent un vif sentiment de justice et la charité véritable pour le prochain. Ils cherchent souvent ensemble à rendre plus humaines les conditions de la vie en société, à rétablir la paix ou à venir en aide aux malheureux. (40, 43, 68) Cette coopération n’est jamais pour les chrétiens, qu’une simple action humanitaire. Elle tire sa raison d’être de la parole du Seigneur : J’avais faim et vous m’avez donné à manger. (Mt 25, 35). Cette coopération est un autre signe de la communion partielle mais bien réelle qu’il y a déjà entre chrétiens. (75)
 
 
 
9) La diversité des regards chrétiens sur la même réalité divine est une source
     de richesse de l’Église du Christ plutôt qu’un motif de division
 
Les divergences entre chrétiens ne sont souvent que la confrontation de perceptions incomplètes résultant des regards humains scrutant la même réalité divine à partir de points de vue différents. (38) L’indifférence et la méconnaissance mutuelle aggravent les divergences doctrinales entre chrétiens. (2)
 
Pourtant, la diversité légitime des communautés chrétiennes ne s’oppose pas à l’unité de l’Église, elle en accroît même le prestige et contribue largement à l’achèvement de sa mission en actualisant l’Évangile dans les diverses cultures qui tissent l’humanité. (19, 50) L’œcuménisme cherche donc à retrouver la pleine unité dans la diversité légitime. (57)
 
10) L’Église catholique s’engage dans l’œcuménisme sans tiédeur mais sans
       faux accommodements
 
Le Pape engage l’Église catholique dans cette démarche œcuménique, sans tiédeur mais en tenant compte de toutes les exigences de la vérité révélée. L’œcuménisme ne peut s’accommoder de semblants de solutions qui n’aboutiraient à rien de stable ou de solide. L’exigence de la vérité doit aller jusqu’au bout. C’est ce que nous enseigne l’Évangile. (79)
 
11) Les Églises chrétiennes doivent chercher ensemble la vérité de l’Esprit sur
       cinq thèmes reliés au rôle de l’Église, à certains sacrements sur Marie
       mère de Jésus
 
Les thèmes à approfondire pour établir un véritable consensus dans la foi chrétienne sont :
 
·        les relations entre la Bible, autorité suprême en matière de foi, et le rôle de l’Église dans l’explication et la proclamation de cette Parole de Dieu;
·        la présence réelle du Christ dans l’Eucharistie;
·        l’ordination d’évêques, de prêtres et de diacres;
·        la responsabilité et l’autorité du Pape et des Évêques pour la sauvegarde de la foi;
·        la Vierge Marie, Mère de Dieu et Mère spirituelle des disciples du Christ et de l’humanité. (66, 79)
 
 
12) Le Pape accepte de discuter de son rôle et demande pardon au nom des
       titulaires de cette fonction s’ils ont contribué à la division de l’Église
 
Le Pape reconnaît que la conviction qu’a l’Église catholique d’avoir conservé, fidèle à la tradition apostolique, le signe visible et le garant de l’unité dans le ministère de l’Évêque de Rome, successeur de Pierre, représente une difficulté pour la plupart des autres chrétiens, dont la mémoire est marquée par certains souvenirs douloureux. « Pour ce dont nous sommes responsables, je demande pardon, comme l’a fait mon prédécesseur Paul VI. » (88)
 
Jean-Paul II trouve encourageant que cette question soit devenue un objet du dialogue œcuménique. Il mentionne en particulier la décision du Conseil œcuménique des Églises d’entreprendre une nouvelle étude sur la question d’un ministère universel de l’unité chrétienne. (89) Le Saint-Père est attentifs à la requête qui lui est faite par plusieurs Communautés chrétiennes de trouver une forme d’exercice de sa responsabilité qui soit ouverte à une situation nouvelle mais sans renoncement à l’essentiel de sa mission. (95)
 
13) La reconnaissance des difficultés à trouver l’unité sincèrement recherchée 
       ainsi que l’abandon au Seigneur ouvrent la voie à sa puissante
       intervention qui réalisera la complète unité des chrétiens
 
Dans cette recherche d’unité chrétienne, le Saint-Père nous invite à méditer la faiblesse de Pierre et de Paul qui montre que l’Église est fondée sur la puissance et la miséricorde de Dieu. (4, 91) Le Seigneur dit à Paul « Ma grâce te suffit; car la puissance se déploie dans la faiblesse. » (II Co 12, 9) (92) La grâce du Seigneur agira donc pleinement lorsque malgré la volonté sincère de son peuple de s’unir, il reconnaîtra son incapacité humaine à y parvenir. (7, 22, 26, 41, 84, 93)
 
14) Plusieurs oeuvres témoignent des progrès de la conversion œcuménique
 
Déjà les progrès de la conversion œcuménique sont significatifs. Par exemple, la traduction œcuménique de la Bible (TOB) fournit un fondement sûr pour la prière et pour l’activité pastorale de tous les chrétiens. Davantage de Communauté célèbrent maintenant à chaque dimanche la liturgie de la Cène. Le cycle des lectures liturgiques de différentes Communautés chrétiennes occidentales converge sur l’essentiel. (44)
 
 
 
15) Nous sommes tous appelés à contribuer à l’unité des chrétiens par la
        prière.
 
Le Saint-Père appelle finalement tous les fidèles à contribuer activement, par la prière, à cette marche vers l’unité de l’Église du Christ. (4, 8, 19) L’Évêque de Rom lui-même doit faire sienne avec ferveur la prière du Christ pour la conversion, qui est indispensable à « Pierre » afin qu’il puissent servir ses frères. Cette prière des frères et des sœurs qui ne sont plus dans une parfaite communion est l’âme du mouvement œcuménique. Elle est un moyen très efficace pour demander la grâce de l’unité. (21, 101)
 
16) Dépassons nos préjugés et prions avec nos frères et sœurs dans le Christ.
 

Pour répondre à cet appel à la prière commune, faisons un geste envers les autres communautés et suscitons des occasions de rencontres, d’échanges et de prières œcuméniques qui nous permettront de constater à quel point ce qui nous unit est plus grand que ce qui nous divise. (21, 22

Par Albert Dugas
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