Pour qui Dieu voterait-il? Question centrale aux USA

Publié le par Albert Dugas

 Les électeurs de l'Iowa ont accordé hier une place importante à la religion. Les candidats ont mis leur foi en scène. Protectionnisme, immigration, éducation, guerre et assurance maladie sont les autres principaux débats. Les banquiers ont versé plus d'un milliard de francs à leurs favoris. Le préféré des employés de l'UBS? Obama!
Reuters | Lle démocrate Barack Obama.
JEAN-COSME DELALOYE | 04 Janvier 2008 | 00h10
Son chapeau rouge vissé sur la tête, Julie Cahill est intarissable sur Barack Obama. Pour l'habitante de Des Moines, le sénateur de l'Illinois est l'homme qui va révolutionner l'Amérique. «Il va réformer l'assurance maladie et créer
des emplois», lance-t-elle sans oublier un atout de poids du seul candidat afro-américain à la présidentielle de novembre: il croit en Dieu. «La religion est très importante pour moi, ajoute Julie Cahill. Obama a la foi. Mais j'apprécie qu'il ne surjoue pas cette carte.» 

De parole d'électeur, Barack Obama n'aurait cependant pas pu avoir une chance dans l'Iowa sans afficher sa foi. Qu'ils soient républicains ou démocrates, tous les prétendants à la Maison-Blanche ont mis en scène leur relation avec Dieu. Chez les conservateurs, Mike Huckabee, l'ancien pasteur baptiste, répète que sa foi le définit. Obama dit qu'elle le guide. Dans ses meetings, on entend régulièrement fuser des «Amen». 

De plus en plus important
Hillary Clinton a fait campagne dimanche dernier dans une église baptiste de Des Moines et distille les anecdotes sur son éducation méthodiste. Quant à Mitt Romney, le républicain mormon, il a prononcé un long discours pour expliquer sa religion aux Américains. 

«Notre prochain président doit être chrétien, glisse Deb Twiss-Ervin, un petit bout de femme de l'Iowa, aux cheveux argentés. Notre pays ne pourrait pas avoir un président agnostique ou athée. Cela s'explique par nos profondes racines religieuses.» Un sondage du Des Moines Register publié le 1er janvier montre que 47% des électeurs républicains et 30% des démocrates accordent une réelle importance à la foi des candidats. 

«La religion joue un rôle nettement plus important dans la vie politique américaine qu'il y a encore quelques années», explique Kevin Coe, doctorant à l'Université de l'Illinois et coauteur avec David Domke du livre God Strategy (la stratégie de Dieu). «Ronald Reagan a lancé le mouvement dans les années 80. Bill Clinton avait lui aussi compris que la religion parlait aux électeurs américains, mais c'est George Bush qui a véritablement accéléré la cadence.»
L'auteur rappelle que lors d'un débat en décembre 2000 dans l'Iowa, l'actuel président avait décrit le Christ comme le philosophe comptant le plus pour lui: «Depuis ce moment, la religion s'est véritablement transformée en un atout central dans la vie politique américaine», souligne Kevin Coe. 

La fulgurante ascension de Mike Huckabee dans l'Iowa ces dernières semaines s'explique par le soutien des chrétiens évangéliques. Le sénateur républicain John McCain, qui reste discret sur sa foi en campagne, a lui aussi tenté de séduire les électeurs religieux. Dans l'Iowa, il s'est appuyé sur une coalition de chrétiens évangéliques dirigée par un pasteur à la retraite.
Alexandra Tennant vient du Texas. L'étudiante se décrit comme conservatrice et insiste sur l'importance de la religion. Pour cette élection, elle a cependant préféré soutenir l'ancien gouverneur du Massachusetts Mitt Romney que l'ancien pasteur baptiste Huckabee. «J'essaie de trouver un équilibre entre les valeurs morales et les qualifications de chaque candidat, dit-elle. J'ai opté pour l'homme que j'estime le mieux placé pour lutter contre l'immigration illégale et défendre mes valeurs.» «Aujourd'hui, les candidats à la présidentielle doivent passer une sorte de test religieux auprès des Américains, conclut Kevin Coe.
Je trouve cela dangereux pour la démocratie.»

Publié dans Politique

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