Samedi 1 juillet 2006
Merci à la secrétaire qui a tapé ce texte bénévolement.
ATTENTION!!!
Ne pas lire ce texte...à moins que vous soyez prêts à reviser vos positions. Bonne lecture tout de même.
Tiré de: Quand la conscience s’éveille
De : Anthony De Mello
   La charité n’est rien d’autres que l’intérêt personnel dissimulé sous le manteau de l’altruisme. Vous dites qu’il est très difficile d’accepter ces moments où vous n’êtes pas honnête lorsque vous essayez de vous montrer aimant ou confiant. Essayons de simplifier le plus possible, et même de rendre cela aussi carré et simpliste que possible, au moins pour commencer. Il y a deux types d’égoïsme. Le premier est celui où je m’offre le plaisir de me faire plaisir. C’est ce qu’on appelle généralement l’égocentrisme. Le second est celui où je m’offre le plaisir de faire plaisir aux autres. Il s’agit là d’un égoïsme plus raffiné.
Le premier égoïsme est tout à fait évident, alors que le second est dissimilé, très dissimulé, donc très dangereux, car il nous permet de croire que nous sommes vraiment extraordinaires. Alors que nous ne le sommes probablement pas. Vous protestez ? Normal.
   Vous, madame, vous dites que vous vivez seule et offrez chaque jour quelques heures de votre temps au presbytère. Mais vous admettez que vous agissez ainsi pour des raisons égoïstes – le besoin de savoir que les autres ont besoin de vous – et vous savez également que vous avez besoin de ce besoin qu’ont les autres afin de sentir que vous apportez votre petite contribution à la marche du monde. Mais vous prétendez aussi qu’il s’agit là d’un donné pour un reçu, puisque ceux à qui vous rendez service ont également besoin de votre aide.
C’est presque une révélation ! Vous avez des choses à nous apprendre. C’est vrai. Cette dame dit : "Je donne quelque chose et je reçois quelque chose en échange." Elle a raison. "Je donne mon aide, je donne quelque chose et je reçois quelque chose en échange." C’est magnifique. C’est vrai. C’est une réalité. Il ne s’agit pas là de charité, mais d’un intérêt personnel bien compris.
   Et vous, monsieur, vous soulignez que la bonne nouvelle de Jésus Christ est, en fin de compte, une bonne nouvelle intéressée. Nous obtenons la vie éternelle par nos actes charitables. "Venez à moi, bénis de mon Père ; vous qui m’avez donné à marger quand j’étais affamé", et ainsi de suite. Vous dites que cela confirme parfaitement mes paroles. Lorsque nous pensons à Jésus, dites-vous, nous voyons que ses actes charitables étaient des actes ultimement intéressés, posés pour gagner des âmes à la vie éternelle. Et vous voyez en cela tout le dynamisme et le sens de la vie : la satisfaction de l’intérêt personnel par le biais de la charité.
   Très bien. Mais en fait vous trichez un peu en mêlant la religion à tout cela. Mais c’est légitime et bien fondé. Mais je ne parlerai de l’Évangile, de la Bible et de Jésus qu’à la fin de cet atelier. Pour l’instant, je ne m’en tiendrai qu’à ceci, ce qui risque de compliquer davantage les choses : "Vous qui m’avez donné à manger quand j’étais affamé ; vous qui m’avez donné à boire quand j’avais soif." Et que répondent-ils ? "Quand avons-nous fait cela ? Nous ne le savions pas." Ils n’en avaient pas conscience ! J’imagine parfois, lorsque le roi dit : "Vous qui m’avez donné à manger quand j’étais affamé", cette réponse faite par les gens qui sont dans le droit chemin : "C’est vrai, Seigneur, nous savons cela". Alors le roi dit : "Ce n’est pas à vous que je m’adressais. Votre réplique ne correspond pas au scénario. Vous n’êtes pas censés savoir." N’est-ce pas intéressant ? Mais vous savez. Vous savez quel plaisir intime vous ressentez lorsque vous posez des actes charitables. Ah ! C’est vrai ! Ce que vous ressentez est à l’opposé de ce que dit cet homme : "Qu’y a-t-il de si extraordinaire dans ce que j’ai fait ? J’ai offert quelque chose et j’ai reçu quelque chose en échange. J’ignorais complètement que je faisais quelque chose de bien. Ma main gauche n’avait pas la moindre idée de ce que faisait ma main droite." Vous savez, une bonne action n’est jamais aussi bonne que lorsqu’on n’en a pas conscience. On n’est jamais aussi bon que lorsqu’on n’a pas conscience. On n’est jamais aussi bon que lorsqu’on n’a pas conscience de l’être. Un grand soufi disait : "Un saint est un saint, une sainte est une sainte jusqu’à ce qu’il ou elle ait conscience de l’être." Inconscience naturelle !
   Quelques-uns d’entre vous ne sont pas d’accord et disent : "Le plaisir n’est-il pas dans le don ? N’est-ce pas cela, la vie éternelle ici et maintenant ?" Je n’en sais rien. J’appelle cela plaisir, et rien d’autre. Pour l’instant en tout cas, au moins jusqu’à ce que nous en arrivions à la religion. Mais ce que je veux que vous compreniez tout de suite, c’est que la religion n’est pas nécessairement liée à la spiritualité. Laissons donc la religion en dehors de tout ceci pour l’instant.
D’accord, me direz-vous, mais alors qu’en est-il du soldat qui saute sur une grenade pour empêcher celle-ci de tuer ses compagnons ? Et de cet homme qui se met au volant d’un camion rempli de dynamite pour le faire sauter à l’intérieur d’une garnison américaine à Beyrouth ? Que penser de cet homme ? Existe-t-il un amour plus grand que le sien ? Ce n’est pas ce que pensent les Américains. Cet homme a agi délibérément. Il était effrayant, n’est-ce pas ? Mais il ne le pensait pas, je puis vous l’assurer. Il pensait tout simplement qu’il allait monter tout droit au paradis. C’est ainsi. Comme le soldat qui s’est jeté sur la grenade.
J’essaie d’en arriver à l’image d’une action non intéressée, lorsque vous êtes éveillé et que votre action vient vraiment de vous. Votre action, dans ce cas-là, devient un événement. "Que cela m’arrive." Je n’exclus pas cela. Mais lorsque vous la posez, cette action, je recherche en elle l’égoïsme. Même s’il s’agit seulement de dire : "On se souviendra de moi comme d’un grand héros" ou "Je ne pourrai pas continuer à vivre si je ne fais pas cela. Je ne pourrai pas continuer à vivre si je fuis." Mais rappelez-vous, je n’exclus pas les autres formes d’actions. Je n’ai jamais dit qu’il n’y a pas d’action là où il n’y a jamais dit qu’il n’y a pas d’action là où il n’y a pas d’intérêt. Peut-être y en a-t-il une. Nous allons explorer cette avenue. Une mère sauvant un enfant – sauvant son enfant, avez-vous dit. Mais pourquoi n’a-t-elle pas sauvé l’enfant de la voisine ? Elle a sauvé le sien. Le soldat meurt-il pour son pays ? Toutes ces morts me contrarient. Et je me demande : "Sont-elles le résultat d’un lavage de cerveau ?" Les martyrs me contrarient. Je crois qu’ils sont souvent martyrs à cause d’un lavage de cerveau. Martyrs musulmans, martyrs hindous, martyrs bouddhistes, martyrs chrétiens. Lavage de cerveau !
   On leur a mis dans la tête qu’ils doivent mourir, que la mort est une grande chose. Ils ne ressentent rien ; ils se contentent d’aller tout droit à la mort. Mais pas tous cependant, c’est pourquoi il est important que vous m’écoutiez avec attention. Je n’ai pas dit qu’ils étaient tous dans le même cas, tout en n’en excluant pas la possibilité. Un grand nombre de communistes ont subi un lavage de cerveau (vous saviez déjà cela), au point qu’ils sont prêts à mourir. Parfois je me dis que la méthode utilisée pour fabriquer un saint François Xavier, par exemple, est identique à celle utilisée pour fabriquer un terroriste. On peut voir un homme faire une retraite de trente jours et en ressortir embrasé d’amour pour le Christ, et tout cela sans la moindre parcelle de conscience. Pas la moindre. Il peut devenir insupportable. Il se prend pour un grand saint.
Ce n’est pas pour calomnier saint François Xavier, qui était probablement un grand saint, mais je croix que vivre avec lui n’était pas particulièrement facile. Il a été un piètre supérieur provincial. Faites votre enquête historique, vous verrez. Ignace doit constamment intervenir pour soulager la souffrance causée par l’intolérance de cet homme.
   L’intolérance est, semble-t-il, indispensable pour accomplir ce qu’il a accompli. Continuons, continuons, continuons, tant pis pour les corps qui s’amoncellent de chaque côté de la route. Quelques critiques de François Xavier affirment qu’il écartait des hommes de notre Compagnie et que ceux-ci en appelaient à Ignace, qui leur disait : " Venez à Rome et nous parlerons de tout cela. " Et Ignace, subrepticement, les réintégrait. Dans quelle mesure tout cela était-il conscient ? Comment pouvons-nous juger sans savoir ?
Je ne dis pas que la motivation pure – désintéressée – n’existe pas, je dis que ce que nous accomplissons l’est souvent dans notre intérêt propre. Tout ce que nous accomplissons. Lorsque vous faites quelque chose pour l’amour du Christ, faites-vous preuve d’égoïsme ? Oui. Lorsque vous faites quelque chose pour l’amour d’autrui, vous le faites dans votre intérêt propre. Voici une illustration de ce que je veux dire : Supposons que vous habitiez Phoenix et que vous nourrissiez plus de cinq cent enfants par jour. Cela vous donne-t-il un sentiment agréable ? Comment une telle action pourrait-elle vous donner un sentiment désagréable ? Tout cela parce que certaines personnes font des choses pour ne pas ressentir de sentiments désagréables. Et elles appellent cela charité. Alors qu’elles n’ont agi que pour ne pas se sentir coupables. Cela n’a rien à voir avec l’amour. Mais, Dieu soit loué, elles ont fait la charité et retirent du plaisir de cette action. C’est merveilleux ! Un individu intéressé est un individu en bonne santé. Être intéressé est sain.
Permettez-moi de résumer ce que j’ai dit à propos de la charité désintéressée. J’ai dit qu’il existait deux types d’égoïsme, mais j’aurais peut-être dû dire trois. Le premier, c’est lorsque je fais quelque chose ; le deuxième, c’est quand je me donne le plaisir de plaire aux autres. Il n’y a pas lieu d’en être fier, ni de croire que l’on est quelqu’un d’extraordinaire. Vous êtes une personne ordinaire qui a des goûts raffinés, sans plus. C’est votre goût qui est bon, pas votre spiritualité. Lorsque vous étiez enfant, vous aimiez le coca-cola ; maintenant que vous êtes adulte, vous préférez, lorsqu’il fait chaud, vous désaltérer avec un bière glacée. Vos goûts sont devenus plus raffinés. Lorsque vous étiez enfant, vous aimiez le chocolat ; maintenant que vous êtes adultes, vous préférez écouter une symphonie, ou lire un poème. Vos goûts sont devenus plus raffinés. Mais vous prenez votre plaisir de la même manière, sauf que vous le prenez à présent dans celui que vous donnez aux autres.
   Venons-en maintenant au troisième type d’égoïsme, le pire : c’est quand vous faites quelques chose pour éviter un sentiment désagréable. Mais votre action ne vous donne aucun sentiment agréable, elle ne vous donne, en fin de compte, qu’un sentiment désagréable. Car vous haïssez cette action. Vous faites des sacrifices mais vous les faites en ronchonnant. Ah ! vous vous connaissez bien mal si vous croyez qu’agir de la sorte vous rapportera quelque chose.
   Si l’on m’avait donné un dollar chaque fois que j’ai fait des choses qui me donnent un sentiment désagréable, je serais millionnaire à l’heure qu’il est. Vous savez comment cela se passe : " Puis-je vous voir ce soir, mon Père ? – Oui, bien sûr, venez ! " Et pourtant je n’ai pas envie de le voir ; l’idée de cette rencontre me déplaît. J’ai envie de regarder une émission à la télé, mais comment dire non ? Je n’ai pas le courage de dire non. Alors je réponds : " Venez donc ", tandis qu’en moi-même je me dis : quel ennui !
   Comme cela ne me donne pas un sentiment plus agréable de le rencontrer que de lui dire non, je choisis entre deux maux le moindre et je dit : " Très bien. Venez. " Je sais que je serai contant lorsque l’entretien sera terminé et que je serai libre de cesser de sourire. Alors je commence l’entretien en lui demandant comment il va. " Merveilleusement bien, répond-il, et il poursuit en me disant et en me répétant combien il aime cet atelier, et je me dis en moi-même : Bon Dieu, quand en arrivera-t-il au cœur du sujet ? Il finit par y arriver, et je le colle au mur, - métaphoriquement parlant – en lui disant : " N’importe quel imbécile pourrait résoudre ce genre de problème ! " Et je lui donne congé. Enfin, me voici débarrassé de lui, me dis-je alors. Et le lendemain au déjeuner (parce que j’ai des remords d’avoir été un peu brutal), je vais vers lui et dit : " Comment ça va ? – Pas mal du tout ", me répond-il, puis il ajoute : " Vous savez, ce que vous m’avez dit hier soir m’a vraiment aidé. Puis-je vous voir après le dîner ? " Incroyable.
C’est bien la pire forme de charité : faire quelque chose pour éviter d’avoir mauvaise conscience. Vous n’avez pas le courage de dire à un importun que vous avez envie d’être seul. Vous voulez que les autres croient que vous êtes un bon prêtre. Lorsque vous dites : " Je n’aime pas blesser les autres ", je réponds : " Allons donc ! Je ne vous crois pas. " Je ne crois pas ceux qui disent qu’ils ne veulent pas blesser les autres. Nous aimons blesser les autres, en particulier certaines personnes. Nous adorons cela. Et lorsque quelqu’un le fait à notre place, c’est encore mieux. Car nous évitons de blesser nous-mêmes de peur d’être blessés à notre tour. C’est ainsi. Si c’est nous qui blessons, les autres auront une mauvaise opinion de nous. Ils ne nous aimeront plus, ils diront du mal de nous et cela est si déplaisant !
 
 
AD/pv
par Albert Dugas publié dans : Sc. humaines
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Jeudi 22 juin 2006

J'ai trouvé cet article intéressant pour ceux qui comme moi n'arrivent pas à s'arrêter même pour les vacances. (Les parentèses sont de moi.)

SUIVRE LES TRACES D’ALEXANDRE LE BIENHEUREUX

(Notre côté robot)

Fatigué ! Pas le temps ! Trop de travail !

Nous répétons ces expressions comme des robots, sans vraiment nous rendre compte de ce qui nous disons. Vous en doutez ? Faites le test. La prochaine fois que l’on s’informera de votre emploi du temps, répondez : "Je suis bien, j’ai peu de responsabilité, mon travail me laisse beaucoup de temps libre." Attention ! Vous risquez de passer pour un imbécile heureux.

Il n’est pas de bon ton d’avouer que l’on profite simplement de l’existence, que l’on n’a pas de grand projet pour l’instant, que l’on ne fait pas d’effort particulier pour améliorer sa santé ou pour épanouir son couple. Celui qui ose passe au mieux pour un paresseux, ou pire pour un irresponsable.

 (Toujours plus)

 Nous avons très peur d’être pris en flagrant délit de paresse. C’est que la paresse conduit à l’oisiveté qui, comme on le sait, est la mère de tous les vices. Aussi, nous nous activons. Sans cesse. Le travail, la partie de soccer de la petite dernière, le cours de guitare de l’ado, la visite de la belle-famille, nous naviguons à vue dans une existence de plus en plus véloce. On nous investit aussi de multiples responsabilités : en société, il faut être de bons citoyens, des contribuables disciplinés, des consommateurs avertis ; à la maison, nous devons être de bon parents, des conjoints parfaits, des amis hors pair ; au travail, il faut se comporter en employés brillants et performants, en collègues exemplaires. Nous devons jouer cent rôles par jour : les jeunes premiers, les personnages de soutien, les bonne bouilles et les vilains méchants. Mais, comme nous n’avons pas tous les talents, il nous arrive parfois de manquer une réplique ou même, ce qui est plus grave, de nous tromper de costume.

 Souvent, nous sommes essoufflés. On le serait à moins ! Il est tout à fait normal d’être fatigué. Mais hier, la fatigue était un état transitoire. Aujourd’hui, elle se décline en plusieurs variantes, selon l’intensité et la durée. Il y a toujours le coup de barre, la simple fatigue, mais elle est devenue banale. Sont apparu aussi la léthargie, la déprime, la dépression et, le dernier en lice, le burnout, plus répandu. À ce rythme, fatalement, on en arrivera à être fatigué de soi-même.

 (Alexandre le Bienheureux)

 Parfois, quand j’ai le temps de m’arrêter un peu, il me revient en tête les images d’un film merveilleux, que j’ai vu pour la première fois il y a 20 ans – et plusieurs fois par la suite : Alexandre le Bienheureux. Le personnage central de ce chef-d’œuvre, incarné par Philippe Noiret, est un joyeux décrocheur. Le film est un hymne à la paresse et à la tendresse. Rappelons-en la trame.

 Alexandre travaille du matin au soir, et il est exploité par une femme sans scrupule. Du jour au lendemain, il se retrouve veuf et découvre alors sa grande passion : la paresse. Alexandre décide de se coucher pendant plusieurs semaines. Il dresse son chien (qu’il appelle " le chien ", parce que c’est trop fatiguant de lui trouver un nom…). L’animal lui apporte les provisions essentielles que lui prépare Agathe, une séduisante voisine. Alexandre finira presque par succomber aux charmes de la jolie prétendante. Mais, au moment ultime, il se ravise, et opte finalement pour la liberté, la nature, le billard, la pêche et la fainéantise.

 Alexandre le Bienheureux est une comédie tendre et ensoleillée comme un bouquet de marguerites. Ce film nous ramène à l’essentiel alors que nous travaillons comme des mules pour empiler le superflu.

 (La grande décision)

 L’autre jour, alors que je m’étais esquinté toute la fin de semaine à terminer un travail urgent ( !), des scènes du film me sont revenues en tête. J’ai revu Alexandre, sa bonhomie, son air béat. Et j’ai pris la décision : j’allais, moi aussi, succomber à mon penchant irrépressible, contre lequel j’avais toujours lutté, en vain : ne rien faire. Oh ! pas longtemps. Juste un petit mois, tiens. Je décidai de réclamer le droit à la paresse. Et j’allais l’appliquer sur-le-champ, toutes affaires cessantes.

 Lundi matin. Je reste au lit. Je veux profiter de la langueur du jour qui commence, retrouver la paresse de l’enfant qui rechigne à entrer dans une autre journée. Fini l’esclavage du travail, le tintamarre du quotidien.

Je choisis le bruissement des choses simples. Je fuis cet univers où tout le monde s’active pour partir à la recherche du temps perdu.

 (Le naturel revient au galop)

La première journée s’est bien passée. Le lendemain matin pourtant, j’avais besoin de me secouer un peu. Je me suis levé, j’ai déjeuné, aussi lentement et copieusement qu’on puisse le faire, j’ai allumé la radio, la télé, je suis allée faire une marche. À midi, je commençais à tourner en rond. J’ai alors décidé d’ouvrir un petit dossier qui me chicotait depuis longtemps, juste pour y jeter un coup d’œil. En fait, j’y travaillé jusqu’à … minuit. Le lendemain matin, je recevais un appel du bureau. On me demandait de rentrer, oh ! quelques heures à peine, le temps de régler une affaire urgente. Après, je pourrais repartir en vacances. Je suis resté au travail deux jours. Il avait donc suffi d’un simple appel à l’aide pour que je me crois indispensable. Vanité ! Il est donc si difficile de briser ses chaînes.

 Bon. Il faudrait bien que je passe au club vidéo. Il y a bien longtemps que je n’ai pas revu Alexandre le Bienheureux.

 Hervé Anctil

Tiré de RND Vol. 104, no 6. (Avec autorisation)

 

 

 

 

 

 

 

 

est une comédie tendre et ensoleillée comme un bouquet de marguerites. Ce film nous ramène à l’essentiel alors que nous travaillons comme des mules pour empiler le superflu.
par Albert Dugas publié dans : a-livre-ouvert
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Lundi 19 juin 2006
 
Passages tirés de : Émerveillement et Pauvreté, Maurice Zundel.
P.80 – 90
N.B. (Les parenthèse sont de moi.)
(Notre culte eucharistique est-il semblable au culte des pharaons ?)
   Les pharaons d’Égyrte ont été divinisés et les monuments ne cessent de représenter leur investiture divine. .. Dans quelle mesure cette situation ne s’est-elle pas reproduite au cours des siècles même dans la pensée d’Israël ? Dans quelle mesure notre liturgie n’a-t-elle pas des vestiges de cet échange ambigu entre la royauté terrestre et la royauté divine ? .. Et dans quelle mesure notre liturgie n’est-elle pas encore une survivance de ces liturgies royales qui n’engagent jamais le fond de l’âme ? Il s’agit de rendre hommage à un souverain, de processionner autour de son autel, de lui ériger un sanctuaire et , ceci étant accompli, on en est quitte. Tout cela peut se réaliser sans aucune espèce d’engagement mystique.
(Dans nos églises, rien ne touche l’homme ordinaire.)
   Il est évident que si l’homme de la rue est si souvent étranger à ce qui se passe dans nos églises, c’est qu’il ne s’y passe aucun événement qui le puisse toucher. Il ne se sent pas atteint et concerné au plus intime de lui-même. Si on peut déplorer que la classe ouvrière ait échappé à l’Église – c’est terrible, quand on pense que Jésus lui-même est un ouvrier ! – si une confusion aussi effroyable a pu se produire, si les hiérarchies, si les pontifes de l’église apparaissent avant tout comme des gens qui détiennent un pouvoir et nous assurent une sorte de sauf-conduit quand nous avons à comparaître devant le Monarque, c’est que nous ne sommes pas entrés encore au cœur de l’Évangile.
   Il y a une religion apparente qui ne suppose aucun engagement profond. Il suffit d’être correct, d’observer les règles de la bienséance, de ne donner lieu à aucun scandale, et on peut se tenir pour satisfait en usant largement des biens de ce monde avec la tranquille assurance qu’on jouira aussi des biens éternels. Cela est extrêmement grave, et nous pouvons nous demander jusqu’à quel point ce n’est pas à propos de l’Eucharistie qu’on est arrivé à une confusion aussi radicale sur l’essence même du message de Jésus.
   Il est sûr qu’une sorte de matérialisme religieux est le pire de tus les matérialismes, et qu’un certain matérialisme peut tragiquement s’établir autour de l’eucharistie. On a la présence réelle, on la tient, on est sûr de son affaire. On a un palladium, on a un paratonnerre céleste sur sa maison, on peut dormir tranquille : Dieu est là, dans sa petite boîte, et on le tient constamment à sa disposition.
(Une religion qui apparaît complice des exploiteurs)
   On voit dans le sud de l’Italie (ceci et aussi vrai pour nos milieu) des milliardaires catholiques, gavés à crever, dont les enfants sont blasés hermétiquement, car on leur a tellement donné de choses que l’on ne sait plus que leur donner. Rien ne les intéresse plus, car ils sont saturés de jouets et de nourriture. Pendant ce temps, les paysans de Sicile mangent de l’herbe comme des animaux et sont exploités d’une manière scandaleuse et infâme par les trusts qui les empêchent de gagner leur pain. Comment voulez-vous que le communisme ne prenne pas dans la région ? Rien n’est plus naturel. Il y a là une situation tellement intolérable que , si la religion apparaît complice, elle ne peut être que vomie par tous ceux qui sont victimes de ce système abominable…
Dans ces communions sans engagement, où l’on compte sur l’opus operatum , où mécaniquement on doit être sanctifié parce qu’on a ouvert la bouche pour recevoir l’hostie, il y a quelque chose d’extrêmement dangereux, parce qu’on ne voit plus du tout l’exigence qui est à la base d’une véritable conversion et qui suppose une nouvelle naissance, cette transformation radicale où l’on passe du moi positif au moi oblatif.
Combien même de prêtres, qui célèbrent la messe tous les jours, en sont là…De braves gens sans doute, vertueux selon le canon habituel. Ils ne donnent lieu à aucun scandale mais vivent bourgeoisement, sans reproche, persuadés qu’ils détiennent des pouvoirs qui leur donnent un rang particulier, qui leur donnent droit à des honneurs, aux premières places, parce qu’ils sont représentants de Dieu !…
   Il nous faut re-situer l’Eucharistie, où la vie de l’Église doit retrouver son unité. Il nous faut la situer à sa place, c’est-à-dire dans la perspective évangélique. Et la perspective évangélique s’impose à nous si nous lisons dans saint Jean les derniers entretiens du Seigneur a ses disciples. La dernière consigne, qui retient dans toutes ces pages, c’est : "Je vous donne un commandement nouveau : c’est que vous vous aimiez les uns les autres comme je vous ai aimés." Cela suffit pas, car cette consigne est aussi le critère qui fait reconnaître les disciples de Jésus : "C’est à cela qu’on reconnaîtra que vous êtes mes disciples, si vous vous aimez les uns les autres." Et, pour donner une leçon de choses à ses disciples, Jésus met de l’eau dans un bassin, il se ceint d’un linge, s’agenouille devant eux et leur lave les pieds. Voilà ce que c’est que d’aimer son prochain : "Ce que j’ai fait, c’est afin que vous le fassiez les uns aux autres."
(Où est l’eucharistie ?)
   Et maintenant, o ù est l’Eucharistie ? Elle semble avoir disparu. Elle n’est pas énoncée dans ces derniers entretiens de Jésus à ses Apôtres. Pourquoi a-t-elle disparu ? Pourquoi n’est-elle pas même nommée dans cette endroit ? Parce qu’elle est implicitement contenue dans le mandatum, implicitement contenue dans la consigne ultime du Seigneur : "Aimez-vous les uns les autres" et le Lavement des pieds, parce que c’est exactement la même chose.
   Tout un matérialisme s’est installé autour de l’hostie, précisément parce qu’on a perdu de vue l’exigence fondamentale…C’est pourquoi nous devons nous approcher de Très Saint Sacrement en purifiant autant que possible notre langage. Nous ne dirons pas que "l’hostie, c’est Jésus", en télescopant le sacrement de notre Seigneur. Ce n’est pas tout à fait la même chose, parce que toutes les opérations physiques, l’ingestion, la digestion, le passage, la fraction du pain, le transport, tout cela se rapport aux espèces et nullement ;a a personne du Seigneur. Soyons prudents comme le dogme l’est lui-même, car le dogme est justement défini avec cette précision d’amour qui évite tout matérialisme pour prévenir toute matérialisation.
par Albert Dugas publié dans : Église
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