Dimanche 4 mai 2008
Conduire sa nichée vers la mort.

Je publierai bientôt un article à partir de ces événements.
Par Albert Dugas
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Dimanche 10 février 2008
 
"Et ils étaient frappés de son enseignement, car il enseignait comme ayant autorité, et non pas comme les scribes." (Mc 2, 22). "Un enseignement nouveau…" "Quelle est cette parole ?" Tel était l’effet produit chez les auditeurs par la parole de Jésus : sentiment de nouveauté et, à la fois, de liberté et d’autorité.La parole de Jean XX111

Aux XXe siècle, la parole de Jean XX111 a eu le même effet chez les auditeurs. "Un enseignement nouveau…" Il n’enseignait pas – ou ne se comportait pas – comme un pape ou, du moins, suivant l’idée qu’on s’en était faite. Au moment de sa mort, Hannah Arendt rapporte qu’une femme de chambre romaine lui parlait de Jean XX111 en ces termes : <Madame, me dit-elle, ce pape était un vrai chrétien. Comment est-ce possible ? Comment peut-il se faire qu’un vrai chrétien ait pu s’asseoir sur le siège de saint Pierre? Ne fallait-il pas d’abord qu’il soit ordonné évêque, et archevêque et cardinal, avant d’être finalement élu pape ? Quelqu’un a-t-il été conscient de qui il était ?> Un homme étonnant, au-delà des conventions et de tous les stéréotypes. On a retenu sa bonhommie, son humour, mais au-delà, il faut reconnaître le caractère pastoral qu’il voulut accorder à son ministère pontifical, multipliant les contacts avec les fidèles, dans les paroisses, les hôpitaux, les prisons. Plusieurs ont eu le sentiment que quelque chose de l’Évangile – de sa simplicité – étant engagé dans sa démarche et dans sa parole. Et avec quelle liberté et affabilité il parlait à tout le monde : accordant pour la première fois une audience à un Juif, Jules Isaac, interpellant Kennedy et Khrouchtchev lors de la crises des missiles à Cuba en octobre 1962, correspondant avec un chef d’état communiste à Noël 1962, recevant aussi en audience Rada Khrouchtchev et Alexeï Adjoubei (directeur des Izvestia), fille et gendre de Nikita Khrouchtchev, le jour même où on remettait à Jean XX111 le prix Balzan pour la paix, avec l’appui des membres soviétiques de l’Académie. Naturellement, ces deux événements créent une grande surprise dans l’opinion publique et provoquent la consternation dans les milieux ecclésiastiques et des cris horrifiés dans la presse italienne de droite. Le pape qui se comporte aussi librement provoque donc la réprobation générale dans le milieu curial, si bien que L’Osservatore romano et Radio Vatican tentent de passer sous silence l’audience donnée à Adjoubei. Quelques jours plus tard, Jean XX111 publiait Pacem in terris, qui devait à son tour provoquer une onde de choc.
À son époque, il a aussi réappris à l’Église à parler, à parler au monde entier, n’adressant pas ses encycliques seulement à ses "frères les Patriarches, Primats, Archevêques, évêques et autres Ordinaires en paix et communion avec le Siège apostolique", suivant ce qui était convenu, mais à tous les fidèles du monde entier ainsi qu’"aux hommes de bonne volonté¨". Dans la même encyclique, il inaugurait une nouvelle manière de regarder son époque, essayant de discerner, dans les grands mouvements de la société, la promotion économique et sociale des classes laborieuses, l’entrée de la femme dans la vie sociale et l’émancipation des peuples opprimés autant de "signes des temps". Ainsi, autant par son exemple que par sa manière de parler au monde ou par la méthode qu’il mettait en œuvre pour considérer son époque, Jean XX111 a appris à l’Église à parler d’une manière neuve, qui attira l’attention du monde.

Il devait aller plus loin, dans son discours d’ouverture du concile, en invitant les Pères à adopter une autre manière de parler au monde. D’abord, il invitait à poser un autre regard sur le monde, prenant ses distances par rapport au <catastrophisme catholique> qui caractérisait le propos de ses prédécesseurs au X1Xe et au XXe siècle.
Il arrive souvent que dans l’exercice quotidien de Notre ministère apostolique Nos oreilles soient offensées en apprenant ce que disent certains qui, bien qu’enflammés de zèle religieux, manquent de justesse de jugement et de pondération dans leur façon de voir les choses. Dans la situation actuelle de la société, ils ne voient que ruines et calamités : ils ont coutume de dire que notre époque a profondément empiré par rapport aux siècles passés ; ils se conduisent comme si l’histoire, qui est maîtresse de vie, n’avait rien à leur apprendre et comme si du temps des Conciles d’autrefois tout était parfait en ce qui concerne la doctrine chrétienne, les mœurs et la juste liberté de l’Église. 

Il Nous semble nécessaire de dire Notre complet désaccord avec ces prophètes de malheur, qui annoncent toujours des catastrophes, comme si le monde était près de sa fin. Dans le cours actuel des événements, alors que la société humaine semble à un tournant, il faut mieux reconnaître les desseins mystérieux de la Providence divine qui, à travers la succession des temps et les travaux des hommes, la plupart du temps contre toute attente, atteignent leur fin et disposent tout avec sagesse pour le bien de l’Église, même les événements contraires.
Le concile Vatican 11Cela allait donner le ton et ce premier jalon allait contribuer à définir
le style de ce concile qu’il voulait pastoral, qualificatif qui ne s’oppose naturellement pas à doctrinal, mais qui définit une manière d’exposer la doctrine. Cela allait conduire les Pères à embrasser <les joies et les espoirs, les tristesses et les angoisses des hommes de ce temps>. Pas de parole d’Église qui ne saisisse pas de l’intérieur les drames humains, qui ne parle pas comme de l’extérieur de l’avortement, de l’homosexualité, de l’euthanasie, le suicide, etc., sans que l’expérience humaine parfois dramatique recouverte par ces réalités ne trouve écho dans le cœur des pasteurs qui abordent ces réalités. En somme, le premier effort exigé par cette nouvelle manière de parler, est la solidarité avec le genre humain, ses drames et ses angoisses, ses espérances et ses joies, comme l’indique le premier paragraphe de Gaudium et spes. À la fin du concile, Paul V1, jetant un regard rétrospectif sur les travaux de Vatican 11 pouvait conclure.
Qu’est-il arrivé ? Un choc, une lutte, un anathème ? Cela pourrait arriver ; mais cela n’a pas eu lieu. La vieille histoire du bon Samaritain a été le modèle et la règle de la spiritualité du Concile. Une sympathie sans bornes pour les hommes l’a envahi tout entier. La découverte et l’étude des besoins humains[…] a absorbé l’attention de notre Synode. […]
Et dans l’humanité, qu’à donc considéré cet auguste Sénat, qui s’est mis à l’étudier sous la lumière de la divinité ? Il a considéré une fois encore l’éternel double visage de l’homme : sa misère et sa grandeur, son mal profond, indéniable, de soi inguérissable, et ce qu’il garde de bien, toujours marqué de beauté cachée et de souveraineté invincible. Mais il faut reconnaître que ce Concile, dans le jugement qu’il a porté sur l’homme, s’est arrêté bien plus à cet aspect heureux de l’homme qu’à son aspect malheureux. […]

Un courant d’affection et d’admiration a débordé du Concile sur le monde humain moderne. Des erreurs ont été dénoncées. Oui, parce que c’est l’exigence de la charité comme de la vérité mais, à l’adresse des personnes, il n’y eut que rappel, respect et amour. Au lieu de diagnostics déprimants, des remèdes encourageants ; au lieu de présages funestes, des messages de confiance sont partis du Concile vers le monde contemporain : ses valeurs ont été non seulement respectées, mais honorées ; ses efforts soutenus, ses aspirations purifiées bénies. […]

Mais il est bon de noter ici une chose : le magistère de l’Église, bien qu’il n’ait pas voulu se prononcer sous forme de sentences dogmatiques extraordinaires, a étendu son enseignement autorisé à une quantité de questions qui engagent aujourd’hui la conscience et l’activité de l’homme ; il en est venu, pour ainsi dire, à dialoguer avec lui ; et tout en conservant toujours l’autorité et la force qui lui sont propres, il a pris la voix familière et amie de la charité pastorale, il a désiré se faire écouter et comprendre de tous les hommes ; il ne s’est pas seulement adressé à l’intelligence spéculative, mais il a cherché à s’exprimer aussi dans le style de la conversation ordinaire. En faisant appel à l’expérience vécue, en utilisant les ressources du sentiment et du cœur, en donnant à la parole plus d’attrait, de vivacité et de force persuasive, il a parlé à l’homme d’aujourd’hui, tel qu’il est. Il est encore un autre point que nous devrions relever : toute cette richesse doctrinale ne vise qu’à une chose : servir l’homme. Il s’agit, bien entendu, de tout homme, quels que soient sa condition, sa misère et ses besoins. L’Église s’est pour ainsi dire proclamée la servante de l’humanité juste au moment où son magistère ecclésiastique et son gouvernement pastoral ont, en raison de la solennité du Concile, revêtu une plus grande splendeur et une plus grande force : l’idée de service a occupé une place centrale dans le Concile.
Cette expérience de quatre années a manqué profondément les évêques, si bien que leur manière de parler à sensiblement évolué au cours de cette période. Le style des lettres pastorales des évêques du Québec au cours des années 1950 et celles des années 1960 et 1970 est si différent qu’on ne s’y trompe pas. L’exemple du <Bon pape Jean> a été suivi d’exemple et le passage par le creuset conciliaire a produit son effet. C’est certes une manière de parler différente, mais cette autre manière de parler témoigne d’une attitude différente envers le monde et une compréhension renouvelée, dans un autre cadre spirituel (ayant pour référence le Christ, comme Bon Samaritain se penchant sur l’humanité blessées, abandonnée dans le fossé), du ministère épiscopal. De même que le Concile de Trente renouvela la manière d’exercer le ministère épiscopal, Charles Borroméee devant la figure de ce nouveau type d’évêque, de même on a eu une génération d’évêque que l’on peut appeler <les évêques de Vatican 11>. Sans jamais renoncer à annoncer l’Évangile, ceux-ci ont su conjoindre, suivant le modèle élaboré au concile, l’aspect doctrinal et l’aspect pastoral. Comme le rappelait Paul V1, l’Église demeure toujours soucieuse de témoigner de la vérité, <mais elle le fait aujourd’hui – et c’est une nouvelle caractéristique de ce concile […] – elle le fait d’une façon qui contraste en partie avec l’attitude qui marqua certaines pages de son histoire. Dans son souci d’aller à la rencontre des hommes et de répondre à leur attente, l’Église adopte aujourd’hui de préférence le langage de l’amitié, de l’invitation au dialogue.>
Guidés et inspirés par Jean XX111, les évêques de Vatican 11 avaient appris «que cette doctrine certaine et immuable, qui doit être respectée fidèlement, [devait être] approfondie et présentée de la façon qui répond aux exigences de notre époque. En effet autre est le dépôt lui-même de la foi, c’est-à-dire les vérités contenues dans notre vénérable doctrine, et autre est la forme sous laquelle ces vérités sont énoncées, en leur conservant toutefois le même sens et la même portée. Il faudra attacher beaucoup d’importance à cette forme et travailler patiemment, s’il le faut, à son élaboration ; et on devra recourir à une façon de présenter ce qui correspond mieux à un enseignement de caractère surtout pastoral».


Quarante ans plus tard

Quarante pas après Vatican 11, au moment où disparaît la génération des évêques qui ont participé au concile ou qui ont été formés par cet événement, c’est cette expérience et cette sagesse qui risquent aujourd’hui de se perdre. Ainsi, on risque de revenir à un style qui est non seulement en décalage par rapport à celui adopté par la concile, mais également à un style qui ne répond pas <aux exigences de notre époque>, probablement parce qu’il n’est pas sprirituellement juste. En effet, il ne s’agit pas de situer simplement la question au niveau de la forme du discours et de l’adaptation de celui-ci aux exigences de notre époque et aux goûts actuels. Aussi bien chez Jean XX111 que chez Paul V1, on ne peut pas détacher la forme du discours et de l’enseignement de l’expérience spirituelle et de la compréhension du rapport en Dieu et l’humanité puisque c’est à l’intérieur de ce rapport que se situe l’Église. «La règle de notre Concile, rappelait Paul V1, a été avant tout la charité. Et qui pourrait accuser le Concile de manquer d’esprit religieux et de fidélité à l’Évangile pour avoir choisi cette orientation de base, si l’on se rappelle que c’est le Christ lui-même qui nous appris à regarder l’amour pour nous frères comme le signe distinctif de ses disciples ? (Cf. Jean, 13,35)»

Cette indication du discours de clôture du concile faisait écho aux paroles de Jean XX111 dans son allocution d’ouverture :
Mais aujourd’hui, l’Épouse du Christ préfère recourir au remède de la miséricorde, plutôt que de brandir les armes de la sévérité. Elle estime que, plutôt que de condamner, elle répond mieux aux besoins de notre époque en mettant davantage en valeur les richesses de sa doctrine. Certes, il ne manque pas de doctrines et d’opinions fausses, de dangers dont il faut se mettre en garde et que l’on doit écarter […]

L’Église catholique, en brandissant par ce Concile œcuménique le flambeau de la vérité religieuse au milieu de cette situation, veut être pour tous une mère très aimante, bonne, patiente, pleine de bonté et de miséricorde pour ses fils qui sont séparés d’elle.

Le service de la vérité n’engage donc pas l’Église dans la voie de la condamnation. Cela, Jean XX111, Paul V1 et les Pères conciliaires l’avaient bien compris. Il y a une autre logique possible, celle de l’amitié, de l’amour, de la miséricorde, du dialogue. C’est alors se mettre au service de cette relation entre Dieu et l’humanité, Dieu qui multiplie les ambassades, qui livre le Fils, qui <à maintes reprises et sous maintes formes a parlé jadis à nos Pères> (He 1,1) et qui, <dans l’immensité de sa charité […], s’adresse aux hommes comme à des amis et converse avec eux pour les inviter à entrer en communion avec lui et les recevoir en cette communion> (Dei Verbum 2). Il y a donc d’engagé, dans le style conciliaire qu’ont pris le service de la vérité et la proposition de la doctrine, une intelligence de la Révélation et de la relation entre Dieu et l’humanité, une vérité spirituelle qui conduit Jésus à donner à ses disciples le beau titre d’"amis". Si nous en venions à perdre ce style, quelque chose du concile aurait été renié.
Par Albert Dugas - Publié dans : Église
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Lundi 28 janvier 2008
 
 
Une tradition disparue ou à peu près sauf chez les Cajuns. Pour les plus anciens nous nous rappelons des mardis gras d’autrefois, c’était la fête. Nous nous costumions et passions les maisons pour ramasser du sucre afin de faire du sucre à la crème et de la tire. Les gens se réunissaient dans les maisons pour faire de la musique, danser et chanter et il faut bien le dire prendre un petit verre. Il était du devoir de ceux qui recevaient de faire de la tire et du sucre à la crème (Fudge) avec le sucre ramassé. Contrairement à ce que l’on pourrait penser le mardi gras n’était pas une fête païenne, mais bien une fête chrétienne qui nous conduisait au mercredi des centres et au début du grand jeûne des chrétiens, le Carême.

Anciennement le Carême commençait le dimanche mais comme on ne fait pas jeûne le dimanche la durée du Carême n’était pas quarante jours comme il se devait, pour cette raison on a commencé le Carême avec le mercredi des cendres. Le Carême ancien était quarante jour de jeûne avec l’abstinence du vendredi où on ne devait pas manger de viande. En 1968, l’Église catholique à réduit l’obligation du jeûne à deux jours, le mercredi des cendres et le vendredi saint.

D’où vient le mercredi des cendres ? Chez les premiers chrétiens la première journée du Carême on se couvrait la tête de cendres et on confessait ses péchés. Cette coutume se retrouve dans le mercredi des cendres où les catholiques se rassemblent à l’église, le prêtre ou un laïc dépose des cendres sur la tête des personnes en disant "convertissez-vous et revenez à l’Évangile." La formule ancienne était "souviens-toi oh homme que tu es poussière et tu retournera à la poussière!"

Il ne faudrait pas croire que ce n’est que l’Église catholique qui demande à ses membres de jeûner, toutes les religions, même non-déistes, c’est à dire qui ne croient pas en Dieu, comme le Bouddhisme et l’Hindouisme ont également leur jeûne. Chez les bouddhistes il dure trois mois, les moines demeurent enfermés dans leur monastère, jeûne et confessent leurs fautes. 

Le jeûne remonte aux temps les plus reculés. On ne sait pas exactement quand cette coutume a commencé. On sait cependant que les prophètes jeûnaient. Aujourd’hui comme on est revenu au jeûne thérapeutique afin de se guérir. On sait que les animaux quand ils sont malades, cessent de se nourrir jusqu’à ce qu’ils soient guéris.

Chez les Juifs, le jeûne est le premier jour de l’année selon leur calendrier, c’est le yom kippour. Dans l’Islam c’est le mois du ramadan. Les Musulmans sont tenus à ne prendre aucune nourriture même pas de l’eau et également de s’abstenir de relations sexuelles à partir du lever du soleil jusqu’au coucher.
Pour les chrétiens on ne jeûne pas pour obtenir des mérites ou son salut, mais bien pour alléger son corps afin de se mieux disposer pour entrer à l’intérieur de soi afin de se mieux préparer pour la fête de Pâques.
Par Albert Dugas
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Samedi 26 janvier 2008
 
 
  1.  

  2. Lorsque je communie, ou lorsque je m’abstiens de la communion, il ne s’agit pas seulement d’une démarche personnelle. Je suis présente dans un peuple particulier qui célèbre. J’appartiens à un peuple précis qui n’est pas forcément le même selon les occasions. Communion ou s’abstenir, mystérieusement, exprime ce que vit un peuple et nourrit l’Église.
  3.  

  4. Le jeûne eucharistique (1) peut être passivité, accoutumance à une situation. Ou il peut être attitude hautaine (cf. Mathieu 6, 16). Il ne prend son sens que vécu en relation avec le Christ, dans sa présence toute particulière à son peuple à ce moment-là.
 
Engagement à la vérité, sans jugement
Quoique nous portions, le jeûne eucharistique est appelé à être le signe d’une solidarité, d’une communion à l’étape où en sont nos Églises. Accepter de marcher au sein d’un peuple dont l’histoire et l’aujourd’hui sont marqués de divisions. Décider de ne pas se poser comme juge, mais entrer dans "un jeûne de jugement". Je me souviens que dans mon cheminement, de nombreuses fois la colère (parfois les larmes) m’a prise : "Comment l’Église catholique peut-elle restreindre tout à coup la communion alors qu’elle célèbre ce qui ne lui appartient pas, le don total du Christ pour tout homme. Jésus lui-même n’a pas refusé de manifester le don de sa vie, de son corps à Judas…" J’ai entendu par ailleurs le jugement fraternel de certains catholiques ou orthodoxes face à des célébrations dans l’Église Reformée : "Il manque la dimension du mystère. Ce n’est pas aussi riche, aussi "plein" que chez nous…"
Devant les faiblesses de nos Églises, nous risquons de nier, de ne pas regarder en face ce qui est de l’ordre du péché, ou alors, au contraire, nous risquons de nous désolidariser. Le jeûne humble nous situe différemment. Il prend son sens lorsque j’accepte de reconnaître et d’accueillir, sans me poser en juge, le péché qui traverse chacune de nos Églises de manière différente. Ce péché dont nous sommes parties prenantes par nos certitudes trop exclusives, mais le péché qui, en même temps, nous précède et fait partie de l’histoire bien avant nous. Il s’agit donc d’accepter, d’accueillir notre Église et l’Église de l’autre là où elles en sont.
 

Une manifestation, un signe

Le jeûne vient manifester alors le manque, le vide de sens créé par la séparation. Devant Celui qui nous unit, qui nous sauve, qui fait de nous un peuple, nous sommes divisés, peut-être en rivalité. À côté du bien fondé de réflexions théologiques et d’interpellations existe notre péché. Aucun de nous, aucune de nos traditions d’Église n’est indemne de ce péché contre l’œuvre même de dieu en Jésus, son fils. Au moment où nous célébrons l’amour de Dieu qui franchit toutes les barrières, qui détruit la haine (Ephésiens 2,16) qui nous fait passer de la mort à la vie, la trahison que nous vivons tous apparaît. Le jeûne eucharistique porte ce manque, ce péché devant Dieu. Il le manifeste, même s’il n’est pas aperçu au cœur même de l’assemblée.

 Une prière

Portant ce manque, le jeûne porte le cri confiant vers Celui qui n’est arrêté par aucune de nos divisions : "Seigneur, guéris. Toi qui te donnes à ton peuple, guéris-nous, guéris nos Églises, guéris-moi de toutes les blessures. Redresse au sein de ton peuple, en moi-même les jugements faux. Pardonne les torts que j’ai commis, que nous avons commis. Prends pitié de notre témoignage devant le monde…" C’est une autre manière de recevoir profondément le Christ que de lui dire combien nous avons un besoin vital de sa présence, de son salut. Porte cette prière au moment même où nous célébrons la présence mystérieuse, réelle de notre Seigneur, est toujours pour moi un moment très fort, un moment privilégié de rencontre entre Dieu et son peuple. La prière à ce moment-là prend un sens particulier. Lui apporter en même temps tous ceux qui, pour une raison ou pour une autre ne peuvent communier, lui apporter les déchirures du monde. Tout cela fait partie de la prière eucharistique, mais prend alors un poids et une intensité nouvelle.

 Un engagement

L’eucharistie est lieu d’offrande de ce que je suis, en réponse à Dieu. Dans le jeûne, naît l’engagement de se convertir, de quitter les préjugés, les faux jugements qui rassurent, et aussi l’engagement de respect, d’amour de l’Église telle qu’elle est aujourd’hui, engagement de solidarité, de communion. "Que ma vie serve à sa mesure, à tisser une certaine communion". Il y a enfin l’engagement à travailler, comme Dieu m’appelle pour que concrètement l’unité avance. M’engager à aider mon Église à s’ouvrir, à entrer dans un chemin d’humilité, de dialogue toujours plus vrai.
 Signe prophétique, attente de l’intervention de Dieu

Peu à peu, accepter ce manque m’a conduite à entendre une phrase de Jésus : "Désormais, je ne boirai plus du fruit de la vigne jusqu’au jour où j’en boirai, nouveau, avec vous dans le Royaume". Cela m’a ouverte sur l’attente même du Christ que je connaissais mais que je découvrais d’une toute autre manière. Il existe un "jusqu’à ce que…". S’il y a jeûne, c’est parce qu’il y a attente sûre et confiante de ce jour où Dieu rétablira la communion visible. Le jeûne devient signe prophétique d’un temps possible attendu par Dieu lui-même, où la réconciliation aura la force d’une véritable résurrection. Cette attente même du Christ nous ouvre sur une prière, une attente plus large que celle de la réconciliation de nos Églises : attente de l’illumination d’Israël, de la réconciliation entre le peuple chrétien et le peuple juif, attente joyeuse aussi du Royaume où Dieu sera tout en tous, récapitulant toute la création.
La désunion des Églises ne permet pas à tout chrétien de communier au pain eucharistique dans toutes les Églises. Nicole Fabre témoigne que ce jeûne douloureux peut prendre sens en devenant prière, attente et humble offrande.
Disons rapidement que les Églises orthodoxes et l’Église catholique relient la communion au corps du Christ à la communion à l’Église qui célèbre, et qui, elle aussi, est "corps du Christ". On ne peut communier à l’un sans communier profondément à l’autre. Dans les Églises issues de la Réforme, globalement, une insistance très forte est mise d’abord sur le fait que Jésus-Christ lui-même préside. L’Église ne peut donc mettre des limites et elle invite tous ceux qui confessent Jésus-Christ comme Seigneur. Ce que je vais dire nécessite deux remarques :
Par Albert Dugas - Publié dans : a-livre-ouvert
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Lundi 7 janvier 2008

 

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Le dimanche 06 janvier 2008

 

 
En 1981, 15 % des personnes en couple formaient une union interreligieuse au Canada. Cette proportion était passée à 19 % en 2001. Règle générale, ces unions ont lieu entre catholiques et protestants, les deux groupes religieux les plus représentés au Canada. (Photothèque Le Soleil)
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En 1981, 15 % des personnes en couple formaient une union interreligieuse au Canada. Cette proportion était passée à 19 % en 2001. Règle générale, ces unions ont lieu entre catholiques et protestants, les deux groupes religieux les plus représentés au Canada.
Photothèque Le Soleil
Stéphanie Martin
Le Soleil
Québec
Les unions interreligieuses ne sont pas rares. Elles sont même en hausse au Canada. Si la famille s’accommode généralement bien du choc des valeurs, la pratique religieuse, elle, en souffre à long terme.
C’est le constat que fait Alain Bouchard, sociologue des religions à l’Université Laval. «Tout dépend de la personnalité des deux conjoints. Mais de façon générale, cela va relativement bien dans ces transactions-là. Les problèmes commencent à se poser au moment où les enfants arrivent.»

Pour éviter les conflits, les couples en viennent souvent à un compromis, dit-il. Jusqu’à maintenant, les statistiques démontrent que, règle générale, «on n’enseignait aucune religion aux enfants. C’est comme si le terrain d’entente était que l’enfant reste neutre».

Parallèlement, ajoute M. Bouchard, la cohabitation de deux religions au sein d’une même famille fait en sorte que la pratique religieuse s’estompe, d’un côté comme de l’autre. C’est un peu ce qui s’est produit dans la famille Ben Ameur-Breton, de Québec. Lucie et son mari Tunisien, Noureddine, qui est aujourd’hui décédé, ont vécu 30 ans ensemble et ont eu un fils. Ils étaient tous les deux croyants, mais ni l’un ni l’autre n’était pratiquant assidu et leur fils n’a pas été baptisé. «Mon mari était très ouvert. Notre fils est allé au séminaire, il n’a jamais été question de le dispenser de cours d’éducation religieuse. On ne voulait pas qu’il se sente à part des autres. Mais il n’a pas fait sa première communion», relate Lucie Breton.

Au Canada, les familles au sein desquelles cohabitent deux religions sont de plus en plus nombreuses. Selon Statistique Canada, en 1981, 15 % des personnes en couple formaient une union interreligieuse. Cette proportion était passée à 19 % en 2001. Règle générale, ces unions ont lieu entre catholiques et protestants, les deux groupes religieux les plus représentés au Canada. Au Québec, cependant, elles sont moins fréquentes puisque la communauté est assez homogène — 83 % de la population était catholique en 2001.

Chez les musulmans, les sikhs et les hindous, par contre, les unions interreligieuses sont moins fréquentes qu’en 1981. «Nouvellement arrivés, ils (sont) proportionnellement plus nombreux à être fortement attachés aux traditions maritales de leur pays d’origine», écrit Statistique Canada dans une étude publiée en octobre. Néanmoins, quand les musulmans se marient avec une personnes d’une autre confession, c’est généralement avec un ou une catholique.

Guy St-Michel, directeur du Bureau d’accueil et d’animation de l’Université Laval, a travaillé pendant 29 ans à l’animation religieuse, entre autres. Au cours de ces années, il a aidé une trentaine de couples, dont les partenaires appartenaient à deux religions différentes, à préparer leur mariage. C’était presque toujours des chrétiens qui convolaient soit avec des musulmans, des bouddhistes, des hindous, etc. Il a même accompagné un couple formé d’une Québécoise musulmane d’origine algérienne et d’un Québécois innu, qui se réclamait à la fois de la tradition spirituelle de ses ancêtres autochtones et de la religion catholique. M. St-Michel témoigne que les conjoints ne s’embarquent pas dans une union interreligieuse à la légère.

«Ils ont toujours la crainte de manquer d’écoute l’un envers l’autre, de ne pas bien se comprendre. Mais la principale crainte durant la période de préparation au mariage, c’est “Comment je vais être accueilli dans la communauté”.» Pour M. St-Michel, il ne faut pas s’imposer de fardeau inutile, mais plutôt se rappeler qu’indépendamment des religions, les partenaires sont avant tout deux personnes qui s’apprivoisent et qui auront, tôt ou tard, à entrer en contact avec la belle-famille.

Mais la plupart du temps, note M. St-Michel, «l’amour, c’est-à-dire la confiance, le désir de vivre en communion avec l’autre personne qu’on a choisie, est tellement fort que ça amène les gens à transcender les frontières, les barrières, les divergences que leur religion met entre eux.» Et cela fait des couples très forts, dit-il.

Alain Bouchard abonde dans le même sens. Selon lui, il est possible de réussir une relation interreligieuse. «C’est le dialogue, ce sont les compromis, les arrangements mutuels. C’est un travail permanent. Sinon, ça peut être le braquage, et là, c’est la dérive.» Les partenaires, croit-il, ont beaucoup à apprendre de la cohabitation des religions. «Dans un bon dialogue interreligieux, tout le monde tire profit de cette rencontre-là, s’enrichit l’un et l’autre. Parce que l’autre religion ne devient pas une menace, mais ça devient un autre point de vue sur une situation. Par exemple, sur les valeurs qu’on transmet aux enfants.»

Lucie Breton acquiesce. «Dans une relation entre deux personnes, il y a des hauts et des bas, ça fait partie de la normalité. Mais quand il y a de la bonne volonté et qu’on veut construire quelque chose, si chacun y met du sien, on est capables de s’organiser!» D’ailleurs, son fils a lui-même reproduit le modèle inspiré par ses parents. Il a épousé une Québécoise catholique et le couple a eu cinq enfants, qui portent tous des prénoms composés formés de noms québécois et arabes.

Si cette bonne entente est possible, Alain Bouchard estime néanmoins que ces mariages interculturels pourraient devenir moins fréquents au Québec. Depuis quelques années et encore plus depuis la commission Bouchard-Taylor, dit-il, il y a un lien très étroit qui est fait entre la question de l’identité et la religion, et les Québécois se disent très attachés au catholicisme. Si les gens structurent de plus en plus leur identité autour d’indicateurs religieux, «j’ai le sentiment que cela vient mettre un frein à la possibilité d’intermariages».
Par Albert Dugas
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